mardi 7 juillet 2015
Des réponses à des questions essentielles
Nul ne devait exercer la prêtrise s'il n'était sain d'esprit et de corps ou s'il était amputé d'un membre. Dès lors un homme châtré pouvait-il être ordonné prêtre ? Dans son livre "l'anatomie de la messe " Pierre du Moulin ( Genève 1624) répond : "Non à moins qu'il ne porte sur soi, réduites en poudre , les parties qui lui défaillent" .
La jouissance du monde 14 (II)
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L’APOLLONIDE – SOUVENIRS DE LA MAISON CLOSE |
Bien que je trépignais de connaître la suite, car tout un monde imaginaire entrait soudain dans notre vie animale, j'interrompis Amogh.
_ Attends, attends ce cul de loup dont tu parles c'est notre abri aujourd'hui, cela signifie que nous sommes dans un endroit jadis occupé par des bûcherons solognots. Les bouteilles que nous avons trouvées leur appartiennent.
_ Il faut croire, et cet alcool rallume des feux éteints depuis longtemps. Mais laisse-moi continuer j'ai peur d'oublier... Heu... Il m'arrive parfois de passer quelques heures au lupanar. J'y allais déjà avant guerre et depuis que je suis infirme j'y ai mes habitudes, on me chouchoute comme un héros. Moi ! Un héros ! Quelle blague. J'ai sauté avec la grenade que voulais lancer, j'ai glissé, je suis tombé dessus... Quel con !
La maison est fort bien tenue avec des filles propres et expertes. Nous y buvons du Champagne, et fumons d'excellents cigares minuscules venus des îles. Céleste, ma femme, s'en doutait bien. Elle préférait cela je crois à une maîtresse. Une maîtresse, j'avais eu une, Hortense, la femme du médecin, mais nous avions rompu sans larmes. Nous ne nous aimions pas c'était une affaire entendue. Elle et son mari sont partis, je crois, en Belgique. Elle était juive il me semble. Son époux était un bon praticien, mais Israélite aussi, donc jamais à la messe ! Et tu imagines ici quelqu'un qui n'irait pas à la messe !!! En Sologne les protestants ne sont jamais venus, la région est trop pauvre tu penses bien. Et l'on dit que des Sarrasins auraient fait souche ici, après la défaite de Poitiers. Des avants gardes se seraient perdues dans ces marais... Ce qui expliquerait le sombre des peaux locales et les faciès rugueux... Mais il a bien longtemps que ces infidèles sont devenus de pieux catholiques.... Heu.... Heu... C'est tout, après tu m'as réveillé.
_ Ah ! C'est trop stupide !
_ Je ne te le fais pas dire. Mais le jour se lève, le « cul de loup » est devenu un cul de basse fosse.
En effet le gîte ressemblait à un ergastule, la boue collait au mur, on s'enfonçait dans le sol jusqu'au cheville. Il était temps de faire ce que nous faisions depuis toujours : partir.
_ Comment je t'appelle désormais ? Hubert de Chrismon ? Comme le nom que tu portais dans ton songe ?
_ Ah bon ? Tu m'appelles Amogh, Absalom ! Amogh ! J'ai déjà oublié mon rêve.
_ Et moi j'oublie ton récit. Ah que l'air est doux ! Et sens-tu le lourd fumet de l'humus ? Prenons à l'Est. Allons dans les montagnes. Le gibier sera abondant et nous n'y avons jamais croisé d'hommes bleus.
_ Les hommes bleus ?
_ Oui, je m'en souviens de ceux-là. Ils vont par harde, le visage barbouillé de bleu, ils poussent des cris et mangent de l'homme... Enfin je crois. Ils ont peur quand on leur souffle dessus, ils ont peur d'une maladie qui tue et qui se transmet par la respiration. Hé ! moi aussi j'ai des souvenirs ! Vive l'alcool de l'autre monde !
Derrière nous une longue flamme s'élevait. Le cul de loup brûlait. En bons barbares nous ne laissions pas de traces. Mais nos fontes étaient lourdes des bouteilles d'alcool exhumées ici. Moi aussi je voulais rêver.
A SUIVRE...
lundi 6 juillet 2015
La jouissance du monde 13 (II)

Dessins Felix Vallotton
Amogh qui n'avait jamais rêvé et qui n'avait plus de mémoire depuis que nous chevauchions dans le monde déserté et rendu à sa friche originelle racontait les images qui l'avaient habité durant cette nuit d'ivresse. Il n'avait jamais parlé si longtemps. Il poursuivait le récit du songe :
_ Mon nom est Hubert de Chrismon. Je suis le fils unique d'un gros industriel de l'Est, aciérie, je vis dans cette grande maison, pas un château, mais vaste quand même, achetée par un aïeul en 1830.
La Sologne est un endroit fort insalubre. Les autochtones sont petits et fiévreux, noirs de poil et très superstitieux. J'ai bien essayé d'enseigner à mes fermiers l'usage de la bassine pour se laver au moins une fois pas mois, mais en vain.
Ils vont à l'église, ça oui, ils portent le rosaire et parfois un cilice, mais il n'empêche, leurs sentiers sont truffés de signes magiques, mon garde chasse m'enseigne ces superpositions médiévales. De vrais nègres !
C'est la guerre, j'en suis bien sûr, une guerre qui couine et pour lequel on a inventé un mot : "brutalisation", c'est n'avoir plus aucun sentiment de peur, ni d'horreur, être totalement insensible.

Céleste - c'est le nom de mon épouse – meurt de la grippe espagnole, c'est bien la seule note exotique qu'elle aura connu dans sa vie, la pauvre femme. Et moi je revenu du chaos avec une jambe et un bras en moins. Les hivers sont longs.
Je vends du bois sur pied à des entreprises de bûcheronnage. Le pin sylvestre a une bonne cote, on en fait du bois de mine, il crie avant de rompre et parfois les hommes ont le temps de s'échapper du boyau avant qu'il ne s'effondre. La vente des bois sur pied est d'un fructueux rapport. J'ai retrouvé ces bois, peut-être les miens, dans les abris sous la mitrailles. Tous les hivers, les futaies résonnent des coups de la cognée et de la plainte incessante des "passe-partout", ces longues scies à deux manches . Les bûcherons s'installent pour la saison sur nos terres, ils creusent des fosses d'un mètre cinquante de profondeur qu'ils couvrent d'une charpente sommaire. La couverture est faite de brassées de fougère amassées en couches épaisses. Cela s'appelle des "culs de loup".
Ils dorment là avec un poêle où mijote une soupe de châtaigne et de chou. Je sais bien aussi que, parfois, un lièvre y passe, car il braconnent les bougres! Je laisse faire, ce qui me vaut la désapprobation respectueuse de mon garde chasse : " monsieur vous ne devriez pas accepter cela. Le braconnage est un délit, et je passe aux yeux de mes collègues pour un incapable. Marius le garde chasse de monsieur le marquis se moque de moi!"
A suivre...
dimanche 5 juillet 2015
La jouissance du monde 12 (II)
Ces bouteilles comme les deux précédentes venaient du monde d'avant la mémoire perdue. Elles contenaient aussi des serpents mais pas toutes, elles avaient des arômes de framboise, de poire et de prune. Nous en bûmes deux chacun sans attendre. Et nous nous affaissâmes sur nos paillasses insensibles à la pluie rageuse qui avait fini par se frayer un chemin dans la fougère et qui commençait à tremper notre gîte. Combien de temps dura le somme ? Je l'ignore. Mais au réveil en plus d'une furieuse migraine je sentis le soleil qui me frappait le front. Amogh était déjà éveillé et souriait niaisement.
_Que t'arrive-t-il ? Lui ai-je demandé.
_ J'ai de nouveau rêvé, et je m'en souviens ! Murmura-t-il comme s'il se répondait à lui-même.
_ Comment cela ? Tu te souviens de ton rêve ? Cela signifie que cet alcool ancien nous fait devenir des hommes nouveaux, je veux dire des hommes d'avant ?
_ Je crois bien que oui.
_ Raconte, raconte-moi.
_ C'est une longue histoire. J'étais un minuscule hobereau dans un fond de Sologne mouillé. Bien sûr je ne travaillais pas, je veillais à entretenir mes forêts, à pêcher mes étangs, à chasser le canard aussi. Mon épouse était souffreteuse, très pâle et un peu triste, maigre aussi, avec un beau sourire las. Elle était navrée de me causer tant de tracas. Elle brodait et parfois fredonnait une vieille chanson anglaise « I love you in the morning... ».
Obsédante chanson ( voir premier épisode)
Amogh poursuivait, avait-il parlé si longtemps un jour... Je ne me souvenais pas. Il revivait son rêve entièrement.
_ Je vais dans une forêt de pin sylvestre. Mon cheval va son pas de cheval. Il n' y a rien à faire qu'aller droit devant, et l'imagination aussi va son chemin. Elle et moi, nous nous sommes connus un jour de 14 juillet lors du défilé des hussards dans le chef lieu de canton. Notre union a rassemblé nos terres mitoyennes mais n'a pas donné d'enfant. Ou pas encore...
(A Suivre)
samedi 4 juillet 2015
vendredi 3 juillet 2015
L'aphorisme de la semaine
Arrête de tourner ton vin dans ton verre,
tu vas le saouler !
(Balthazar Forcalquier)
mercredi 1 juillet 2015
La jouissance du monde 11 (II)
_ Que se passe-t-il Absalom ? Oh tu me tires d'un si beau rêve.
_ Un rêve ? Un rêve dis-tu ? Mais nous ne rêvons plus depuis... Depuis...
_ C'était un rêve j'en suis certain, je ne me rappelle pas, mais il sentait la framboise, ça c'est sûr.
_ Te rends-tu compte de ce que nous vivons Amogh ? Moi même j'ai dit des bribes de poèmes. D'où cela vient-il ? De notre mémoire ? Mais nous n'en avons plus.
_ Nous n'avions plus de rêve et je viens d'en faire un, je le sais, je le sens, il était beau et avait la saveur d'un baiser... Enfin je crois, si je crois me souvenir de la saveur d'un baiser. En tout cas cela y ressemblait.
_ Nous avons changé Amogh. Et rien ne nous est arrivé d'extraordinaire sauf la découverte de ces deux vieilles bouteilles. Venues du monde ancien auraient-elles reliées dans nos têtes les fils brisés depuis mille lunaisons ?
Mille lunaisons, car si nous avions perdu la mémoire, le temps n'avait que peu de prise sur nous.
Amogh me regardait d'un regard de chasseur, il cherchait à comprendre.
_ Ouais, c'est bien possible ce que tu dis, mais les bouteilles sont bues. Nous ne saurons jamais si cet alcool est une souveraine potion.
_ Cherchons, il y en a peut-être d'autres !
Alors, dans la pénombre et sous le déluge qui avait repris, nous avons creusé à mains nues la paroi de terre à l'endroit où l'ancien placard était apparu la nuit dernière après l'effondrement.
En vain.
_ Non, il ne faut pas chercher où l'on a déjà trouvé. Creuse là et moi là-bas.
Deux heures plus tard nous étions couverts de boue et tristes.
_ Ou alors sous nos pieds !
Et nous découvrîmes à quelques coudées une sorte de plancher composé de rondins d'acacia. Nous soulevâmes ce couvercle. Et apparût une sentine vaseuse assez exiguë mais pleine de bouteilles !
Amogh me regardait d'un regard de chasseur, il cherchait à comprendre.
_ Ouais, c'est bien possible ce que tu dis, mais les bouteilles sont bues. Nous ne saurons jamais si cet alcool est une souveraine potion.
_ Cherchons, il y en a peut-être d'autres !
Alors, dans la pénombre et sous le déluge qui avait repris, nous avons creusé à mains nues la paroi de terre à l'endroit où l'ancien placard était apparu la nuit dernière après l'effondrement.
En vain.
_ Non, il ne faut pas chercher où l'on a déjà trouvé. Creuse là et moi là-bas.
Deux heures plus tard nous étions couverts de boue et tristes.
_ Ou alors sous nos pieds !
Et nous découvrîmes à quelques coudées une sorte de plancher composé de rondins d'acacia. Nous soulevâmes ce couvercle. Et apparût une sentine vaseuse assez exiguë mais pleine de bouteilles !
(A Suivre Lundi)
mardi 30 juin 2015
La jouissance du monde 10 (II)
Le cher poète disait aussi « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. -Et je l'ai trouvée amère. -Et je l'ai injuriée. ». J'avais cité le poéte sans me souvenir de son nom, ni même de son poème. Il se passait une chose extraordinaire : des morceaux passaient à la dérive dans ma mémoire pourtant désertée. Nous avions bu jusqu'alors des alcools. Mais des liqueurs patiemment égoutées, faiblement brutale. Elles nous contentaient néanmoins. Or les deux bouteilles trouvées après l' effondrement de la paroi venaient du monde ancien et leur puissance était énorme. Nous les avons bues l'une après l'autre, car il y a bien longtemps que nous n'économisions plus nos joies, sachant que la vie n'est rien du tout et qu'elle est furieusement capricieuse. Je l'ai dit, nous étions sauvages et comme tels nous prenions dans l'instant la moindre herbe comestible, la plus fine tranche carnée qui restait, le rayon de soleil en hiver.
Donc nous avons bu le contenu de ces deux bouteilles. Et nous avons sombré. Au réveil il faisait nuit noire. Je suis sorti, Amogh ronflait. J'ai regardé le ciel, Orion était au-dessus, et pour la première fois cette constellation me fut familière... incompréhensiblement. Et puis j'ai redit à haute voix cette étrange incantation :
« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. -Et je l'ai trouvée amère. -Et je l'ai injuriée. ». Je me suis mis à trembler, à quoi pouvait bien servir ces mots . Soudain il y en eut d'autres qui me submergèrent
« Orion C'est mon étoile. Elle a la forme d'une main. C'est ma main montée au ciel »
Et des larmes me mouillèrent le visage ou bien était-ce la pluie qui s'était remise à tomber ? C'était la pluie, mais pas seulement.
(A SUIVRE...)
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