lundi 6 avril 2026
Parfois, le miracle apparaissait
dimanche 5 avril 2026
Hobo
Dans ma jeunesse quand ma mémé me demandait ce que je voulais faire plus tard je répondais ; "hobo, trimardeur". Je lui expliquais que c'était la liberté grande, que l'on voyageais dans les wagons de marchandise, sur les routes, au hasard des carrefours. Cela l'épouvantait. J'étais sincère. Et puis une autre route s'est ouverte, je ne regrette rien. Et j'aime toujours les chansons de Woody Guthrie.
dimanche 12 janvier 2025
Souvenir
lundi 29 avril 2024
Retour en Cévennes (4)
Alors voilà Castelbouc ( chateau du bouc). La légende stupide dit qu'ici le seigneur resté seul homme dans cette contrée, pendant la croisade, eut à satisfaire les femmes restées seules. Navrant !
Le monument aux morts possède neuf morts, tous en photo. On ne sait rien du septième qui est mort ici une deuxième fois dans une explosion de rouille. Et c'est lui qu'on voit d'abord. Qui étais-tu ? Toi avec ce béret énorme sur la tête ? Ami inconnu, On pense inévitablement au poème d'Aragon
"Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri"
Ici la boite aux lettres sous la falaise est comme le monument aux morts, elle résiste comme elle peut à la rouille. Est-il possible d'y laisser une carte postale ? "Souvenir d'ici, pensons bien à vous".
Oh! quelle mélancolie dans le pittoresque.
dimanche 28 avril 2024
Retour dans les Cévennes (3)
Cela s'appelle le chaos de Nîmes en plein coeur des Cévennes, la pluie a taillé là-dedans avec une force de titan. La montagne a été hachée mais à la façon des géants ivres, sans plans et sans but.Tout autour ce sont des masses de remparts, un labyrinthe fortifié, des redans, des échauguettes, des courtines, des donjons efflanqués, des tours bancales, des créneaux effondrés, et soudain une sente de pelouse miraculeuse et brève. La solitude est totale, absolue, plus nette qu'en mer. On se dit que vivre ici est impossible, d'ailleurs personne n'y vit : il n'y a pas d'arbre pour s'y embrancher.
mercredi 24 avril 2024
Retour dans les Cévennes (2)
Un peu
plus loin un lieu très haut placé dans le vent. Le vent doit
souffler des quatre coins cardinaux à tour de rôle et peut-être
même parfois des quatre coins en même temps. Ici il n'y a pas
d'arbre. Ici, seulement un arbuste . Il est extraordinaire bien qu'on
passe devant sans s'extasier. Pourtant c'est un champion. Il parvient
à glisser une racine dans une maigre fente de la pierre. Il s'y
installe comme il peut. Et grandit comme il peut sous les rafales. Il
n'est jamais jeune, il est toujours vieux, tordu, avare de tout et
surtout de ses fleurs qui ne sentent rien et n'ont rien à donner
qu'une vague couleur blanchâtre. Viennent ensuite de tout petits
fruits sans chair. Ici la vie est sans luxe ! La mousse n'est pas de
la mousse, elle est rêche et pourrait écorcher la main comme une
brosse de métal. Les plantes grasses sont rouges de honte et ne se
montrent guère. On s'interroge : à quoi pensent-elles sous les mois
de neige ? Certainement à la côte d'Azur où prospèrent leurs
cousines ?
La saxifrage est la plus obstinée, elle s'installe (
si l'on peut dire ) dans un creux de la taille de la main, et ne se
nourrit que de vent. Elle économise sur tout, sur l'eau et sur sa
respiration. Quand elle perd une feuille minuscule tout de suite elle
en fait un demi-gramme d'humus qui s'envole vite et que vole sans
vergogne la plante grasse.
mardi 23 avril 2024
Retour en Cévennes (1)
"Pourquoi tu t'es pas garé devant ?" c'est bizarre cette manière de gueuler pour parler. Les gens du sud vocifèrent volontiers sans porter à conséquence. Je comprends vite la colère de ce boiteux : il a une bouteille de gaz à descendre de l'auto et à porter ensuite jusqu'à sa porte obscure. Car ici les maisons sont noires dedans et dehors. Alors il vitupère, et sermonne sa femme.
Ces gens, quand il ouvrent leurs volets, ont devant eux la pente rude et brossée de la montagne, des cailloux acérés et des rapaces par - dessus. Rien de plus à voir. C'est beau. C'est beau depuis mille ans.
mercredi 27 mars 2024
Dans les Cévennes (6)
Tout en haut d'une pente qui dure deux heures , cinq ou six maisons de lourdes pierres : Bougès. Une source où l'on peut boire. Le panneau avise : "eau non contrôlée" ce qui veut dire pure. Elle tombe directement du dessus sans avoir vu le ciel. Et une auberge perchée. On mange sur ce balcon en montagne une omelette aux ceps ( cueillis ici), le pélardon( fromage) du fermier voisin , de la confiture de framboise maison et un vin souple du domaine de Gabalie (Lauzère) au parfum de pivoine. Les aubergistes sont comme une tante et un oncle revenus des pays du Levant, chaleureux et discrets. C'est délicieux. L'air est plein de l'odeur des genets.
On voit le Causse devant au loin, le Causse où il n'y a rien, même le vent ne s'y arrête pas.
Un lézard amoureux zigzague sur la lauze... et choit.
Plus loin, Pont-de-Mauvert est un endroit qui est dans ma vie depuis fort longtemps. C'est là que, les corps déliés nous allions, dans une folle liberté, insensibles aux autres, grimpant partout et sans cesse, dévorant le beurre pur et le miel fort, dans l'eau glacée des cailloux, sans fatigue. Seuls, enfin. C'est là qu'un soir d'orage nous avons dansé sous la foudre. Avides de vie, comme des sauvages. Comme des hommes des caverne déliés de tous les dieux. Nous étions de furieux carnassiers.
En dessous, nous arpentions une vieille route pavée sous les châtaigniers, et quand j'ai lu le récit inachevé de Gracq j'ai retrouvé le chemin. Il menait à une vieille mine à l'abandon.
mardi 26 mars 2024
Dans les Cévennes (5)
Avant cela, la gare abandonnée de Florac est comme une valise oubliée. L'image est un peu facile j'en conviens, mais elle est idéale. On regrette le maelstrom des voyageurs dans la vapeur des locos au ralenti. Les paniers de victuailles à cochonnaille, les fermières à grande gueule et les jeunes filles effarées qui s'en vont choisir une coiffe neuve au marché. Et les maquignons arrogants. Et quelque bourgeois à moustache lissée qui achètent à bon compte des coupes de bois si pentues que seuls des fols et des mules peuvent débarder.
Les fenêtres de la gare sont occultées désormais avec du contreplaqué malade, la salle des pas perdus est enfermée, le lampadaire est tordu par le vent. C'est d'une mélancolie cruelle et, pire, vaine..
lundi 25 mars 2024
Dans les Cévennes (4)
C'est un pays de laine qui sent fort le miel chaud, le suint et la solitude. On doit y être bien pour écrire ( mais ce n'est pas sûr, on peut écrire partout). On y est seul mais sans l'ennui, voilà bien le miracle.
Les garçons qui vont dans le sillage des filles sont du même bois, ils payent leur liberté en sacrifiant à la savonnette. La barbe et les dents grises, mais toutes n'y sont plus. Ils sont doux et perdus comme des indiens, ils vendent des fromages minuscules avalés en trois bouchées qui sentent fort l'étable et le rustique. Leurs enfants ont grandi et sont partis (où?).
Je les aime bien. J'ai failli en être, j'en suis quand même.
Le pire ici c'est d'entendre vociférer les joueurs de pétanque autour de la fontaine !
(A suivre)
dimanche 24 mars 2024
Dans les Cévennes (3)
Sur le marché de Florac les vieux sont tassés plus qu'ailleurs ils n'offrent pas de prise à ce vent qui souffle furieusement, dit-on, là-haut, sur le Causse. Fripés et noirauds, ils sont gentils, avec l'accent. Ensuite viennent les "Babas hippies" qui ont vieilli là, sur pied, sans trop de heurts, avec le froid quand même et fort peu de lessive, cela se voit bien. Les filles ont la cinquantaine, elles étaient jolies mais elles ont pris désormais un teint qui mange la lumière, le cheveux va comme il veut, leur regard est un peu triste désormais. Elles fument encore, c'est sûr, de cette herbe qui jadis les faisait rire et qui maintenant les plonge dans une sorte de solitude morne. Car elles sont seules sur le marché et vendent deux ou trois navets, un pot de miel, de l'encens capiteux. Elles portent encore ces cotonnades indiennes de Katmandou. Elles restent belles quand même sous leur humble bijoux afghans.
(A suivre)
mercredi 20 mars 2024
Dans les Cévennes (2)
Il n'y a ici rien à peindre et tout à écrire... Peut-être.
D'abord parce que le chevalet du peintre ne tiendrait pas une minute, l'Agueil (aussi appelé aiguolas) vent venu du levant aura tout de suite mis à terre la toile et ses couleurs. Ce n'est pas un pays de peinture à l'huile, peut-être de pastel, plus sûrement d'aquarelle. Seul l'aquarelliste accoutumé à la vivacité peut avoir ici une chance, mais il ne vient pas, il préfère la mer.
Le musicien ne s'entend pas, et le sculpteur ne sait pas où donner de la tête. Non, ici c'est la patrie de celui qui écrit, s'il a le courage de s'arracher à la méditation, car ce vide incite à la vacuité.
Le pays est rugueux et crépu. On hésite : qui est le plus dur entre le caillou et le chardon.
( A suivre)












