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mercredi 4 février 2015

Massacre 4




4

Résumé :  Donc il s'est passé des trucs, mais rien d'important.




_ Tu le connais ce fumier ? Disait l'un des inconnus.

_ Non, pas encore vu. Comme toi je suis arrivé depuis peu. Mais il y a une cérémonie patriotique demain, j'imagine qu'on le verra.

_ On va se le faire un de ces jours. Une bonne raclée le calmera. Il est foutu de tout faire pour nous empêcher d'y arriver.

_ Hum... M'étonnerait. Albert ne laissera pas faire.

L'un avait une sale gueule de brute avec une vilaine cicatrice sur la joue gauche, l'autre était un freluquet avec une tête de félon à petite barbiche.

Balthazar passa en revue les Albert qu'il connaissait. Albert Latripe le boulanger, bête mais pas méchant. Albert Flique le syndicaliste de la CFDT méchant et pas bête mais sans aucune influence en Thouarsais. Albert Petitdoigt le gentil retraité qui promenait son chien chaque matin et qui venait lire la « Une » affichée à la vitrine de la rédaction : un doux sans le sou. Et bien sûr Albert Soupe conseiller municipal de l’opposition, homme de droite toute, patrie, drapeau, anti syndicaliste, ennemi de tout ce qui portait cheveux longs, teigneux et sans envergure. Lequel de tous ceux-là pouvait être demain devant le monument aux morts ? A part Albert Soupe... Balthazar n'en voyait pas d'autre.

Et qui était la future cible de ces deux inconnus sans épaule, comme le sont les fourbes qui assassinent derrière les tentures ?

Le lendemain Albert Soupe était bien là avec son béret de biffin sur le crâne, crânant avec son drapeau sur la bedaine. Cet Albert-là était seul. Il avait l'air du bon con qui ne se remet pas en question et qui, de ce fait, ne va pas bien loin. De plus il ne buvait que de l'eau, particularité qui, à elle seule, aurait valu un papier. Mais Balthazar n'aimait pas écrire sur les buveurs d'eau.

En revanche il y avait un autre type avec une sale gueule. Menton en avant, regard arrogant, cheveux courts, souple et musculeux comme « le chat maigre » ( le genre de type à faire des pompes le matin et à saluer le drapeau). Il était entouré justement des deux types vus et entendus la veille au café des Arts. De loin, d'une poussée martiale du menton, le type à gueule de para désigna le journaliste à ses deux acolytes .

« C'est donc de moi qu'ils parlaient » se dit, in petto, le journaliste localier.

La cérémonie commençait et les gerbes s’amoncelaient, il fallait faire la photo, toujours la même, et écouter les discours toujours les mêmes, et filer au vin d'honneur, toujours le même. L'hommage à la patrie, il faut bien le dire, cela finit par être lassant quand même.

Au cinquième verre de rosé, quand les « petits joueurs » qui ne dépassaient jamais la dose prescrite, quand les papas pressés de rentrer pour faire la bise à maman et impatients de mettre les pieds sous la table chargée d'un poulet rôti, quand les profs égarés, quand les importuns... bref, quand tous ceux-là furent partis et qu'il ne resta plus que le dernier carré, les durs de la bibine, les buveurs au long cours, alors seulement, Balthazar se pencha vers l'oreille du maire.

_ Savez-vous qui est ce type qui a déposé une gerbe avec cette mention « en hommage à nos frères d'arme» ?

Le maire était un chic type, bon à rien, mais bon zig. Il n'aimait pas les conflits ce qui, en politique, relève de la sainteté ou de la bêtise. Il leva vers Balthazar un regard mouillé et dit

_ Ah, ne m'en parlez pas !



A SUIVRE.

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