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dimanche 1 février 2015

Massacre 1






Massacre







Massacre, définition : terme de vénerie. La tête du cerf, du daim, séparée du corps, et mise debout sur la peau de la bête, alors qu'on donne la curée aux chiens.




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Dans le chaos des jours qui s’enchaînaient avec une lassitude infernale, il y avait peu d'embellies. Peut-être cette heure paisible en fin d'après-midi apportait un peu de réconfort au cœur de Balthazar. Alors Plouendec Karantec poussait la porte de la rédaction. Il s'asseyait devant le bureau de Balthazar sans un mot ( Balthazar était journaliste perdu dans les tranchées avancées, loin du siège de son quotidien, sans aucune discipline, si ce n'est celle des égorgeurs, c'est-à-dire la dure et voluptueuse loi de l'impromptu ). Juste le grincement de la chaise en bois sur le carrelage froid. Alors Balthazar repoussait sa machine à écrire. Juste la plainte des patins en caoutchouc sur le bois vernis. Il n'achevait pas son article ces soirs-là. Le compte-rendu de la noce d'or de Germaine Grosfessier et de Marcel Poutraille pouvait attendre. Le journaliste était las de ces histoires. Toujours les mêmes. Marcel avait séduit Germaine au bal des pompiers sur la musique de Verchuren, puis il était parti en Algérie la semaine suivante. Il en était revenu un peu plus silencieux. Qu'avait-il fait là-bas ? Il n'en parlait jamais. Il avait marié la Germaine. Et des enfants étaient nés. Et d'autres bébés encore. Il avait été décoré de la médaille commémorative et avait payé l'apéro aux copains. Un peu fier mais pas trop... comme si des fantômes aux visages tordus de douleur par la « gégéne » étaient apparus soudain dans le fond de son verre de Pastis. (Les musulmans qui ne boivent pas d'alcool ont de ces cruelles fantaisies).

Et voilà cinquante ans qu'il était marié avec « cette grosse vache » comme il disait. Il n'avait pas tout à fait tort, Germaine avait des allures bovines, elle était « chularde » comme on dit à Parthenay la capitale des animaux voués à la mort. C'est à dire qu'elle était forte de hanche et grasse du postérieur.

Pour faire plaisir à pépé et mémé, les petits avaient demandé au journaliste de venir faire une photo et « un beau papier » pour ces noces d'or. Bien sûr c'était un dimanche à 13 h dans un restaurant minable au fond d'un camping rural qui sentait les latrines et la tristesse infinie des parties de pêche au poisson chat . Les filles avaient mis des robes orange, laides, avec d'atroces zébrures vertes ( des robes taillées dans des rideaux certainement) elle avaient enfilé – par quel miracle - des souliers à talons hauts qui pliaient sous leur poids de viande . Les garçons buvaient vulgairement et sentaient fort le lisier et l'after shave au muguet : c'était à vomir.

Un terrible ennui tartiné par là-dessus et vous y êtes.

A SUIVRE.

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