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mardi 29 septembre 2020

Secousse 15

 


Résumé : L'absence de Dieu surprend quand on est mort. Après on

s'habitue.


La gnose survit toujours. Elle dit un truc simple : Dieu n'a pas crée le monde. Dieu ne crée pas. Il n'a pas besoin. Le gnostique le sait. Il est au monde mais il n'est pas de ce monde. Ce monde n'est pas le sien. Ce monde n'est pas son affaire. Il a été kidnappé, il est là et à la première occasion il s'évadera pour rentrer chez lui au « plérôme », où il sera heureux : ni homme, ni femme, hors de toute dualité. A partir de là la gnose a suscité des courants bien différents (un peu comme les socialistes en 1980). Il y avait les adeptes de Marcion qui disaient : « Ne faisons pas d'enfant pour que ce monde impur s'écroule de lui-même ». Et à l'autre bout les carpocratiens qui disaient en gros « puisque ce monde n'est pas le vrai monde, on s'en moque, faisons ce qu'on veut, la vie n'a aucune importance. » Et pas loin d'eux les Borborites (appelés les puants) qui en, gros n'en avaient rien à foutre de rien puisque ce monde n'est pas le vrai. Ils étaient proches des Nicolaïstes, mais ces derniers étaient encore plus licencieux…

Balthazar ayant accompli ce long et périlleux chemin relut la fin de la première lettre cachée de Marie : « Que celle ou celui qui me lit à cet instant fasse un effort ou remette cette enveloppe où il l'a trouvée avant d'aller plus loin. Car il ne comprendra pas la suite, ni ne découvrira même les messages qui éclaireront bien des mystères, il ne saura rien des crimes qui ont eu lieu. Le message est : « Je suis venu apporter un feu sur la terre ».

Désormais expert en ésotérisme et en vieux rhum de Marie-Galante, Balthazar chercha d'où provenait ce message : « Je suis venu apporter un feu sur la terre ». Il avait croisé cela dans l'évangile de Matthieu et Luc. Il chercha donc une bible dans la rédaction et la trouva sous une pile de bouquins entre « Répertoire des vignerons du nord Deux-Sèvres » (écrit à compte d'auteur par un député) et « Thouars c'est beau » (écrit à compte d'auteur par un sénateur). Et sous la citation de Luc il trouva une note de la main de Marie : « Pouf ! Pouf ! Pouf ! C'est toi qui y est ! Cherche et tu trouveras, fonce dans la rubrique des faits divers à « mort dans sa cheminée ». 

Balthazar pensa que cette manière était bien farce (comme aurait écrit Zola). Il fonça dans les archives et trouva.

( A suivre)

lundi 28 septembre 2020

Secousse 14



Résumé : Aujourd'hui je voulais procrastiner mais je remets ça à demain.

Balthazar se plongea dans Thomas… Pffuiii… ce n'était pas de la littérature de gare que cet évangile caché. Il disait de troublantes vérités, il était même anarchiste. Exemple, logion 71 : « Jésus a dit : je renverserai cette maison et personne ne pourra la reconstruire ». Un camarade ce Jésus ! Logion 10 : « Jésus a dit : j'ai jeté le feu sur le monde et voici que je le préserve jusqu'à ce qu'il s'embrase. » Ah ce n'était pas du mou. Voilà qui vous secouait le figuier ! Pas un gnangnan le gars ! Un vrai para ! Logion 16 « Jésus a dit : sans doute les hommes pensent-ils que je suis venu jeter la paix sur le monde, et ils ne savent pas que je suis venu jeter des divisions sur la terre, le feu, l'épée, la guerre … » etc. En buvant un vieux rhum de Marie-Galante (« habitation Bellevue ») offert par un ami (Alain le gars des îles), Balthazar s'enflammait : « J'en suis ! J'en suis ! » gueulait-il dans la rédaction. Comme c'était l'été et que les fenêtres étaient ouvertes, et qu'une patrouille de flics passait en s'ennuyant, elle s'arrêta. Elle trouva Balthazar bien imbibé et, comme il proposait une tournée de rhum, les flics trinquèrent. En ce temps on appelait la police « les gardiens de la paix », c'était bien avant « les forces de l'ordre ». 

L'inspecteur Legrandu arriva à son tour, ce fut une belle soirée. Au commissariat l'inspecteur Legrandu était un chic type, c'était le genre de flic qui, pendant la guerre, serait venu avertir les juifs qu'une rafle se préparait le lendemain. Legrandu n'obéissait pas aux ordres ignobles. Balthazar avait du respect et de l'amitié pour lui. Balthazar ayant de son côté avancé spirituellement sur la voie de la chrétienté… et pas celle des « bénis-oui-oui », s'échoua tout naturellement sur les cailloux de la gnose. On va faire simple : la gnose était encore florissante au IVe siècle, mais l'église n'aima pas ces croyants impétueux, elle fit le ménage et les massacra gaillardement. Les gnostiques y passèrent tous, et les derniers furent brûlés plus tard du côté d'Albi (on disait les cathares, ceux qui baisent le cul des chats, pour se moquer d'eux). Ainsi le pape fut tranquille. Mais la flamme n'était pas soufflée. Qui peut éteindre une idée ?

(A suivre)

dimanche 27 septembre 2020

Secousse 13

 


Résumé : Un peuple qui n'aurait pas inventé le futur n'aurait que faire d'un

prophète.


Balthazar apprit au passage que ces quatre évangiles étaient « canoniques ». Même si cela envoie du lourd, le mot n'a rien à voir avec une pièce d'artillerie, cela correspond à un mot grec qui veut dire quelque chose comme baguette, règle. Donc les quatre Évangiles, Jean, Marc, Luc, Matthieu (tous révisés par Saint Jérôme) disaient la règle entendue par l'église et ensuite approuvée par les réformés (ces protestants qui avaient fait la richesse de Thouars avant de partir faire celle de la Suisse). Mais en dépit de cette « révision » de Saint-Jérôme, Jésus va très loin quand, dans l'Évangile de Luc (Chapitre 19 verset 26 et 27), il clame : « Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et égorgez-les en ma présence. » SAPRISTI !!! On se dit que Saint Jérôme a dû en retirer pas mal mais il en a laissé passer de rudes !
Certes Balthazar avait jadis été à la messe, mais il n'avait jamais entendu parler de tout cela : à la messe les chants étaient beaux, son pantalon du dimanche le grattait, il s'ennuyait et il devait donner une pièce à la fin, ce qui au final faisait moins d'argent pour acheter des bonbons. 
Restait encore à lire l'Évangile de Thomas. Après c'est promis on s'occupe de ce qui fait le corps non pas du Christ mais de cette histoire. De l'évangile de Thomas, on ne savait pas grand chose jusqu'en 1945. Un beau jour du côté de Jabal Al Tarif, un coin paumé à 5 km au nord de Nag Hammadi, un paysan labourait son lopin. " تبباا ", hurla-t-il soudain dans son sabir (ce qui veut dire quelque chose comme « Merde !»). Sa charrue venait de heurter un truc dur. Il se pencha. Il creusa. Il trouva une amphore, et, dedans, un tas de vieux trucs, des manuscrits très anciens dont : L'EVANGILE DE THOMAS et ses 114 logia. Logia est le pluriel de logion, on dit un logion et des logia (sans S)… c'est comme ça, on aborde ici le divin, ce n'est pas une liste de courses au supermarché ! Logia veut dire « paroles divines ». Chez Thomas, pas d'histoires sur Jésus, rien de synoptique (ces épisodes qu'on retrouve ici et là), juste des paroles. Jésus a dit ceci ou cela… Il ne transforme pas l'eau en vin (si cela avait été de l'eau pétillante cela aurait été du Champagne !), il ne fait pas du pain plus qu'on peut en manger (il en reste toujours), non… il cause seulement mais c'est passionnant ! Cet évangile est réputé apocryphe, ce qui signifie en langage commun « faux » mais qui signifie en réalité « caché ». Par exemple on pouvait dire que Balthazar buvait trop, était-ce apocryphe ? Était-ce faux ? Ou buvait-il en cachette ? Je vous laisse choisir.
Il reste qu'on touchait là à la moelle du christianisme, bien avant ce Saint- Paul qui ne fait pas dans la finesse : Première épître aux corinthiens, Saint- Paul : « Si une femme ne met pas de voile, qu'elle se coupe les cheveux ! (…) L'homme, lui, n'a pas à se couvrir la tête parce qu'il est l'image et le reflet de dieu, quant à la femme elle est le reflet de l'homme. » Première épître à Thimothée 2/9 : « Pendant l'instruction la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle se tienne tranquille. » En voilà un qui n'est pas prêt d'avoir sa carte dans une association féministe !

( A suivre)

samedi 26 septembre 2020

mercredi 23 septembre 2020

Secousse 12

 


Résumé : Mes parents ne savent pas que j'ai été adopté.

« Elle est folle cette Marie, pensa Balthazar. Elle est folle, mais elle m'intrigue ».

Le lendemain, au Café des Arts, en jouant sa partie de tric-trac avec Karantec Plouendec, un dentiste breton qui faisait aussi mal qu'un dentiste hongrois de Bressuire, le lendemain donc, Balthazar évoqua la gnose. Le dentiste se figea et le regarda d'une curieuse manière :

- Tu as connu Marie ?

- Ben … non mais … comment dire, elle a laissé une note, elle dit : « je suis venu apporter un feu sur la terre ».

- Ah ! Remets une tournée, allonge tes jambes. Elle cite là l'Évangile de Luc, chapitre 12 verset 49. As-tu jamais lu les Évangiles ?

- Ben non ! Qui lis les évangiles aujourd'hui ? Mais il m'est arrivé de feuilleter Jean d'Ormesson.

- Quel con tu fais ! Alors tu dois commencer par lire les Évangiles.

- Ben… Lesquels ?

- Mais les quatre canoniques espèce de nouille : Luc, Marc, Matthieu, Jean… et même celui de Thomas.

- Tiens tiens, elle cite ces prénoms dans sa bafouille.

- Comme par hasard… cela ne te surprends pas ? »

- Ben si !

- Ben voilà ! »

Bien qu'ivre Balthazar dormit mal ce soir là.

Lire les évangiles, finalement c'est facile et même très souvent étonnant. On y croise un mec qui s'appelle Jésus plutôt sympa, les filles y tiennent la meilleure place, elles sont là dès qu'il se passe quelque chose d'important (par exemple quand il ressuscite… excusez du peu). Jésus envoie balader les vieilles barbes : « On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres » (Évangile de Matthieu chapitre 9 verset 17). Des fois Jésus change l'eau en vin (quand le pinard manque) et l'on s'aperçoit que c'est du très bon vin : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » (Évangile de Jean chapitre 2 verset 10), c'est la classe quand même ! Des fois il ne faut pas l'énerver trop : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. » (Évangile de Luc chapitre 12 verset 51). Et puis il n'aime pas la société de consommation : « Jésus entra dans la cour du Temple et se mit à en chasser les marchands qui s’étaient installés dans l’enceinte sacrée ainsi que leurs clients ; il renversa les comptoirs des changeurs d’argent ainsi que les chaises des marchands de pigeons. » (Évangile de Marc chapitre 11 verset 15).

( A suivre lundi car demain vidéo à la messe, puis samedi aphorisme et dimanche la phrase romanesque)

Secousse 11

 


Résumé : Le hasard n'en fait décidément qu'à sa tête !


Donc Balthazar ouvrit l'enveloppe, il était déjà tard, la secrétaire avait rangé joliment son bureau orné d'un bouquet de jonquilles offert par un amoureux de la dite secrétaire, lequel arrivait juste avant l'heure de la fermeture pour passer une annonce matrimoniale : « homme mûr et vert encore cherche compagne joyeuse sachant faire des crêpes et aimant – en saison – les jonquilles. » Autant dire que cette annonce était adressée exclusivement à la secrétaire qui apportait à la rédaction quatre fois par mois de savoureuses crêpes à la confiture de framboise ou autre fruit de saison soigneusement pliées dans un torchon Vichy. L'homme qui arriva un jour à l'heure du goûter se vit offrir une crêpe à la crème de marron, il en fut tout estourbi. Je raconte cela qui n'a aucun lien avec l'histoire pour que le lecteur comprenne bien qu'un journal est avant tout, d'abord, et essentiellement, une histoire humaine.

Bref, il était tard, il n'y avait plus personne à la rédaction lorsque Balthazar lut les quelques feuillets laissés là par Marie, la précédente journaliste en poste à... Thouars.


Cela commençait ainsi :


« Voici notre histoire, celle de Jean, Marc, Luc, Matthieu, Thomas et moi.

Nous avons tué, il est vrai, chacun à notre tour. Mais ne nous jugez pas avant de savoir. J'écris cette confession avec l'assentiment de mes amis. Nous avons tous disparus volontairement car la justice des hommes ne saurait nous atteindre. Elle n'en a pas le pouvoir ni même les moyens. Que celui qui lise cela, parce qu'il a su plier les genoux, soit une personne libre. »


Balthazar qui avait plié les genoux justement pour voir l'enveloppe collée sous le tiroir des archives s'assit à son bureau sur un fauteuil pivotant (ce type de fauteuil équipait depuis toujours les rédactions, on pouvait ainsi se bercer quand un élu débitait ses banalités). Il poursuivit sa lecture.


Marie écrivait :


« Un jour j'ai rédigé un article sur un ancien déporté résistant, un homme merveilleux et doux. Comme je lui disais : « Moi à votre place je serais revenue avec une rage au cœur et l'envie de mordre tout le monde. » Il me répondit avec son beau sourire : « Reprenez un verre de rosé et comprenez que ce monde n'est pas celui qui compte. » Il n'en dit pas plus, mais cela me troubla profondément, car d'une certaine façon je ressentais intimement en moi cette évidence. Il me fallut longtemps pour comprendre le sens caché de ces sages paroles. Un sens qui porte un nom : la gnose ! Et quand il m'arrive de dire certains soirs d'ivresse que je suis gnostique les gens entendent bizarrement le contraire : agnostique… Ils disent cela par réflexe sans doute parce que le mot « gnose » fait peur et cela ne date pas d'hier. Que celle ou celui qui me lit à cet instant fasse un effort ou remette cette enveloppe où il l'a trouvée avant d'aller plus loin. Car il ne comprendra pas la suite, ni ne découvrira même les messages qui éclaireront bien des mystères, il ne saura rien des crimes qui ont eu lieu. Le message est : « Je suis venu apporter un feu sur la terre ».


lundi 21 septembre 2020

Secousse 10

 


Résumé : Personne n'aime une salle d'attente, sauf celle du bourreau.

Balthazar arriva donc en juillet, quand l'actualité s'amollit et perd de sa saveur. Il cherchait un sujet à traiter en feuilletant les archives de la rédaction soigneusement classées par les secrétaires , âmes humbles et indispensables à la marche harmonieuse du monde. Balthazar fit tomber un dossier qui récapitulait depuis des décennies les « foires Saint-Michel ». Ces grandes foires de Thouars avait attiré l'attention de Balthazar parce qu'il avait été naguère parachutiste. Or Saint-Michel est le patron des parachutistes. On le différencie de Saint Georges (qui lui aussi terrasse un dragon) parce que Saint-Michel porte des ailes, et pas Saint -Georges. Parce que Saint-Georges est le patron des cavaliers qui sont des p'tites bites… Et puis c'est tout... Oui… hoooo… ça va ! Personne n'est parfait !

Balthazar donc se mit à genoux pour récupérer le dossier « Saint-Michel » éparpillé sur le carrelage bleu clair et aperçut, sous le tiroir du meuble d'un vert couleur de jeep, une enveloppe fixée avec du scotch. A l'évidence on avait voulu camoufler ce document. Le scotch était très vieux. Il avait jauni. Mais il tenait bon, ce n'était pas du scotch moderne. Sur l'enveloppe était écrit :

« MARIE : VOICI NOTRE HISTOIRE (nous sommes désormais au plérôme ) ». Marie écrivait en préambule : « Entendu à la radio hier : "l'émotion est organique" Organique ? parce qu'elle fait fonctionner les organes du corps ? Mais je pense plutôt divine parce qu'elle vous saute à la gorge et vous plonge dans une solitude très peuplée. J'imagine qu'au plérôme l'émotion n'est plus du tout parce qu'elle est harmonie fuguée... enfin pour moi. » Était-elle folle ? Balthazar se releva et alla consulter le dictionnaire… « Plérôme »... Rien dans le dictionnaire de ce vieil anarchiste de Lachatre qui mentionnait seulement « Plérose » : « rétablissement de l'embonpoint après une maladie. » Rien à voir ! Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales expliquait lui : « Plérôme : chez les gnostiques, plénitude divine dont les êtres spirituels sont l'émanation. » Il y était question aussi de gnose. Le bon dictionnaire de ce bon anarchiste de Lachatre tartinait un truc incompréhensible sur les gnostiques : « les marcosiens, les agapètes et les priscillanistes inondèrent l' Espagne, le Portugal, le midi de la France et le diocèse de Lyon »… En fermant le gros bouquin Balthazar avait déjà mal au crâne alors qu'il n'avait encore rien bu.

( A suivre)

dimanche 20 septembre 2020

Secousse 9

 

 



 




Résumé : il était tellement amnésique qu'il avait oublié de mourir.


Un lien secret et très puissant vint unir Marie à Jean, Marc, Luc, Matthieu et Thomas. Un lien qui a un nom que tout le monde, très souvent, ignore. En général on prononce ce nom et, par un mystère encore inexpliqué, les gens entendent le contraire, comme si on leur disait « bonjour » et qu'ils entendaient «  au-revoir ». Ce mot stupéfiant est « gnose ». On dit « gnostique » et les gens entendent « agnostique » (faites l'expérience).

Mais il est préférable de commencer par le début. Le tout début (c'est à se demander si cette histoire n'a pas que des débuts !). Or ce début débute bien après…


Un jour d'été, Balthazar, journaliste alcoolique et anarchiste, reçut sa feuille de route. Il devait quitter une morne rédaction du Courrier de la République dans laquelle il n'était pas heureux. Direction : Thouars ! Enfin une vraie rédaction locale détachée. Une vraie petite baronnie avec ses héros et ses grands buveurs, une vraie locale avec son histoire de résistance continue, avec ses amis « à la vie à la mort » et ses vrais ennemis « à la vie à la mort ». Une baronnie qui avait en plus : un salon des vins. Et ce qui va avec : ses vignerons, des gens merveilleux qui, vêtus sans recherche, s'étonnent qu'on puisse s'intéresser à eux. Avez-vous remarqué que les vignerons sont humbles et modestes ? Il y a une raison à cela : ils ont toujours peur de se tromper. Et quand il réussissent une cuvée, je veux dire une de ces cuvées qui racontent mille histoires et qui vous font des baisers dans le cou, alors… ils ne savent pas pourquoi et surtout ils ne savent pas comment ils ont fait. Allez demander à Gauguin pourquoi il a mis ce rose insolent et émouvant sur la robe de sa tahitienne ?


Thouars accueillit donc Balthazar à bras ouverts, comme on accueille un vieil ami. En réalité la formule n'a ici aucun sens : Thouars aime les nouveaux venus et oublie ceux qui sont partis. Personne ne demandera de vos nouvelles si vous quittez Thouars.

Ailleurs on vous dit : « Ici, il faut très longtemps pour avoir des amis, mais quand vous les avez, c'est pour la vie ». A Thouars c'est le contraire, vous un êtes d'emblée un ami, un vrai, et si vous partez, vous trahissez. Ici on n'aime pas les indécis. Tu es de gauche ou de droite. Et tout va bien, en dehors des élections.


 Bref, Balthazar arriva à Thouars à la mi-juillet il succédait à une suite de journalistes doués : Jean-Claude Biltac, Yves Traluse, Marcel Fiacosse et d'autres, tous partis sous d'autres cieux moins rudes. Ils étaient épuisés par les salons des vins et les innombrables occasions de trinquer. Thouars est une zone de combat. Marie avait envoyé un jour sa lettre de démission et avait totalement disparu. Elle avait écrit à la rédaction-en-chef ces simples mots : « Je vous emmerde ». Ce qui sur le plan de la syntaxe pure reste sans reproche.


Un vieux journaliste merveilleux avait dit : « Vous savez, Balthazar, à Thouars, ce n'est jamais fini. »

Et c'est justement ici que cela commence.