A Thouars, l'usine qui met des champignons en conserve ferme ! Ce n'est pas gai. Les élus locaux, départementaux, régionaux se sont réunis l'autre soir pour voir ce qu'il était possible de faire... Pas grand chose.
Ils se sont retrouvés dans un café appelé "Le Terminal"... Cela ne s'invente pas !
dimanche 15 mars 2015
samedi 14 mars 2015
La phrase romanesque
"Je n'ai pas le temps de me reposer depuis que j'ai arrêté de travailler"
(Apache
(Apache
)
Bien utile quand on lit
Rien de plus agaçant que de perdre sa page quant on lit ! Heureusement ces tracas sont finis depuis qu'on a inventé le marque-page. Mais encore faut-il en posséder un.
Voici !
Voici !
Pour en disposer il suffit de m'en demander en joignant un timbre pour la réponse, ou une bouteille, ou un lingot, au choix !
vendredi 13 mars 2015
La fortune est là, il suffit de se baisser
Crottes de chien : Thouars attaque !
Message de Zimboum
jeudi 12 mars 2015
massacre 29
Ambiance musicale ici : https://www.youtube.com/watch?v=C8RRdJFaOyQ
29
Résumé : Pas de vodka pour écrire, après le style est trop russe, la moindre nouvelle fait 300 pages au bas mot. Et puis personnes ne peut se souvenir des noms propres, alors que là....
Du fond de sa réclusion volontaire, Balthazar vivait l'existence singulière d'un moine. Il découvrait chaque jour les négligences de Ludivine, puis ses petites lâchetés et sa culpabilité professionnelle. Le dernier communiqué d'Albert Ichon ne faisait plus dans la litote mais tapait directement au foie :
_ Hier encore j'ai croisé devant la Poste de Thouars l'un de ces mendiants venus des contrées malpropres de l'Est. Il y en avait deux autres dans la rue piétonne, et encore une place Lavault. Il est temps de nettoyer nos rues de ces parasites. Hier encore une commerçante fort digne, Mme Birdat, me disait qu'elle avait essuyé une insulte proférée par un petit arabe. Il est temps de renvoyer ces gens et leur nombreuse (ô combien) famille dans leur pays ensoleillé. Heureusement notre circonscription ne souffre pas de l'abondance des noirs, mais il faut être vigilants chers compatriotes, on en annonce du côté de Parthenay et Bressuire.
La technique de cette fripouille d'Ichon était simple et hélas efficace : transmettre à la presse des comuniqués assez courts qui ne seraient pas taillés. En revanche en transmettre sur un rythme régulier autant que fréquent. Et forcer chaque fois le trait jusqu'à ce que l'énormité du message passe sans heurt. Tous les poncifs de l'extrême droite étaient ainsi déclinés, de la défense de l'Occident à celle de la famille catholique (intégriste).
Le dégoût de Balthazar grandissait comme le temps passait. Il en rageait et hurlait contre Ludivine cette
_ misérable petite conne !
Ludivine fut titularisée et conserva le poste de Thouars. La rubrique était molle, les élus n'hurlaient plus, le directeur était content. Les articles commençaientsouvent ainsi : « on a bien cru qu'il allait pleuvoir, mais heureusement il a fait beau sur la fête. Ce fut un bouquet de couleurs. Le maire a bien parlé. »
Legrandu était sorti de l'hôpital, mais son enquête piétinait et il perdait du temps. La sous-préfète devenue la grande amie d'Albert Ichon ( et peut-être même sa maîtresse) harcelait le flic. Il fallait faire des descentes régulières chez les manouches, il fallait fouiller la moindre auto conduite par un « bronzé » comme l'écrivait désormais Ichon ; le mot était devenu ordinaire, il fallait multiplier par quatre les patrouilles... L'étau se resserrait sur Thouars.
A SUIVRE Lundi...
mercredi 11 mars 2015
massacre 28
Musique d'ambiance ici (attention c'est moche ) : https://www.youtube.com/watch?v=IZP4wGmPa1Y
28
Résumé : Evidemment les jours de grande sécheresse intelectuelle il faut taper fort, par exemple, pour cette histoire j'ai achevé la réserve de mezcal, et j'ai bouffé les asticots avec .
Albert Ichon ne se contenta pas d'appeler Ludivine. Il ne se contenta pas de lui rendre visite. Il l'invita à la meilleure table de Thouars : « Le Logis de Pompois ». Là, sous les lambris et sous le regard attentif d'un maître d'hôtel stylé on vous sert des plats délicieux couverts d'une cloche d'argent. On vous découvre l'assiette d'un ample geste en récitant une tirade qui vaut les meilleures répliques du théâtre d'avant-garde
_ Farandole de légumes printaniers dans son aumonière de sarrazin escortée de son bar de ligne venu tout droit de la mer en tempête et de sa coquille saint-Jacques juste passée à la poêle avec sa truffe fraîche d'Availles-Thouarsais... Bon appétit !
Ludivine qui d'ordinaire était pourtant rassasiée avec un demi-croissant, fut éblouie. Elle commanda sur la carte ( sans mention de prix) : des dos de saumon marinés fraîcheur de concombre à la menthe, puis des filets de rougets saisis avec sa tapenade et caviar d'aubergine en ravioles. Puis en faisant l'impasse sur le chariot de fromages ( pourtant somptueux), elle dégusta un macaron litchi-rose ( semblable au sublime Ispahan de Pierre Hermet). Cela servi avec une vieille bouteille désormais introuvable de Nicolas Reau un « Victoire » rare. Jamais de sa vie elle n'avait mangé de semblable façon. Elle fut un peu maladroite avec le maniement du couteau à poisson, lequel se tient comme un stylo. Avec beaucoup de tact Albert lui montra comment faire accompagnant son geste d'un énorme mensonge :
_ Je me permets de vous montrer, je viens d'apprendre le geste hier seulement.
Elle ne fut pas insensible au charme d'Albert qui portait encore beau en dépit de ses 50 ans. Il était encore svelte malgré une légère rondeur autour des reins. Pull de cachemire, foulard de soie, pantalon de lin blanc, mocassin à pompons.
_ Chère amie, vous permettez que je vous appelle chère amie ? Je ne vous cacherai pas que j'ai été stupéfait par l'attitude de votre confrère. Nous n'avions pas de bons rapports je ne vous le cache pas, mais je ne le croyais pas capable d'une telle ignominie. Je mentirais si je vous disais que je le regrette. Je suis sûr que nous pourrons nous entendre tous deux. Oh ! Je respecte votre indépendance, la liberté de la presse est sacrée, et je ne tenterai jamais d'influencer vos choix éditoriaux. Je demande seulement une égalité de traitement avec mes adversaires. Vous savez que je me présente aux législatives ? He bien vos lecteurs n'en savent rien ! Ah je vous vois étonnée ! En effet votre prédécesseur n'a pas jugé utile de relayer cette information. Je me permets donc de vous remettre ce premier communiqué.
Le lendemain le communiqué était publié in extenso. Ce n'était que le premier d'une longue série accompagnée d'un bouquet de fleurs pour l'anniversaire de Ludivine, et d'un second repas au Logis de Pompois, dîner tout aussi délicat que le précédent.
La teneur des communiqués se faisait peu à peu plus agressive, mais Ludivine n'y trouvait rien à redire. Elle ouvrait et fermait les guillemets.
A SUIVRE...
Massacre : c'est le souk ! on fait marche arrière
Bon, j'ai forcé sur le rhum qui tue et tout s'est embrouillé.
vous n'avez pas lu l'épisode 26
donc le voici,
puis le 27 déjà publié.
Et la suite (28) dans la foulée. Mille pardons !
Balthazar
26
Résumé : Ou en étais-je ? Ah oui... il y a eu plein de trucs depuis le premier chapitre, ça va être coton de résumer. Disons que Balthazar est dans la mouise.
Karantec brandissait le journal et hurlait
_ Qui a écrit ce torchon ?
Ludivine qui avait de l'esprit le fit asseoir. Ludivine était l'une de ces jeunes journalistes qui ont envahi les rédactions. Titulaire d'un BTS à Tours elles ont rêvé d'un noble métier et se trouvent à couvrir des concours de pétanque, à servir les plats à des élus pleins de morgue, à essuyer les colères de syndicalistes malmenés. Elles tombent de haut et expédient les affaires courantes sans enthousiasme, en soupirant. Elles n'ont pas de volonté, pas de courage : elles sont parfaites pour la nouvelle ligne éditoriale. Elles sont molles mais pas stupides.
_ Qui êtes-vous ? Dites-moi ce qui vous choque ? Demanda-t-elle à Karantec, lequel, protesta de l'innocence de son ami, exprima son dégoût pour tout ce qui avait été imprimé, et de bonne foi, raconta qui était véritablement Balthazar pour lui.
_Un anar certes, un insolent d'accord, un alcoolo oui, mais un homme digne... incapable de faire le moindre mal à un être faible.
_ Et vous avez des photos de lui ?
_ Heu, oui.. Peut-être... On a fait un voyage en Bourgogne, en Alsace et en Bordelais, en Côte du Rhône... Que les grands crus madame ! Si c'est pour rétablir la vérité, je veux bien vous les apporter.
_ Comptez sur moi.
Ludivine rédigea un papier à sa façon avec une encre trempée dans l'eau tiède. Le directeur aurait voulu quelque chose de plus nerveux :
_ C'est ta chance Laetitia, si tu cartonnes avec cette affaire, tu auras ton CDD et qui sait peut-être, tu seras titulaire du poste de Thouars.
Titulaire du poste de Thouars... de quoi faire rêver une jeune fille qui, étudiante, se voyait accréditée à vie à l'Elysée, ou envoyée spéciale au G 20 ...
Mais comme elle avait déniché des photos de Balthazar, le directeur voulut bien concéder un :
_ Bon c'est pas trop mal. Continue.
Et elle continua en se contentant d'ouvrir et fermer les guillemets, ce qui est le propre du journalisme mou.
Madame Michacul croisée sur le marché avec son chienchien « Benito » dans les bras voulut bien parler :
_ Mais vouiiiii, j'ai lu ça ! Oh quelle horreur ! C'est vrai que ce monsieur Balthazar était bizarre. Oh j'ai rien contre lui, mais parfois il était négligé. Peut-être buvait-il trop. Et... En confidence je crois qu'il n'aimait personne. Alors il ne faut pas s' étonner qu'on ne l'aime pas... Ben dame !
Martine, la secrétaire, interrogée aussi, baissa les yeux et murmura dans un sanglot :
_ Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !
Elle voulait signifier que Balthazar était incapable d'un tel forfait. Mais sans décodage, sans chercher plus loin, juste avec les guillemets, on pouvait lire cela comme un cri d'horreur.
Et ce n'était qu'un début.
A SUIVRE...
27
Résumé : Sinon il y a les alcools rudes. Je connais un Rhum agricole offert par l'Alain des îles qui fait merveille. 59 ° et plein de belles idées qui se bousculent dans son sillage. C'est fou ce qu'il inspire quand on le respire.
En fouillant dans l'annuaire de la rédaction Ludivine trouva les contacts de Balthazar.
Les défenseurs de Balthazar se comptaient sur les doigts d'une main : Moustache le pompier, Mouloud le syndicaliste, Michka le casseur de voitures, Juan-Lukos Caraboc le mage, peut-être Sobiestawa une vague polonaise qui de toute façon ne répondait jamais au téléphone ou alors très vaguement, Philippe Perrein lui, était joignable mais on ne comprenait pas ce qu'il disait, Fred un type perdu dans des musiques électroniques, quelques vignerons aux rendements miséreux ; bref rien de très reluisant pour un lectorat bourgeois.
Alain Fouquet, infirmier en alcoologie, sollicité par Ludivine, se retrancha dignement derrière le secret professionnel. Ce qui en disait long tout de même.
En revanche les ennemis de Balthazar étaient légion :
Me Aimery de Prime d'Antignol (avocat des riches), Jérôme Machecouille ( le patron d'Hyperbouffe), Henri Mistrat ( aubergiste du moulin bleu), Angèle Matrille ( femme d'un marchand de porcs), Albert Ichon et ses sbires, pour ne citer que les plus connus sur la place, sans compter les francs-maçons perdus dans le rituel des affaires, les notables de tout poil bien contents de s'être débarrassés à bon compte du journaliste, les officiers de toutes garnisons, les prélats cauteleux, des flics, des gendarmes, des anciens combattants de cantine, des religieux intégristes,... cela en faisait du monde !
Deux personnes restaient sans avis : Josiane Birdat * commerçante à l'enseigne de la droguerie générale rue Saint-Médard, une poissarde bête et cruelle mais non dénuée de bon sens ; et Me Freddy Mespieds l'avocat des pauvres ( quand ils peuvent payer) ces deux là disaient à peu près la même chose :
_ Qui connaît le fond de l'âme humaine ? N'est-ce pas ? Attendons de savoir ce qu'il dit Balthazar. D'ailleurs où est-il ?
Louis Grandclerc ne répondait pas au téléphone.
_ Et puis qu'aurait-il pu dire de plus ? Se demanda Ludivine en croquant tristement un sandwish à la salade entre midi et deux, assise au bureau, devant un grand verre d'eau. Il fallait remonter à plusieurs décennies pour se souvenir de la présence d'un verre d'eau sur le bureau de Balthazar.
Legrandu n'était pas sorti de l'hôpital. Il avait le nez brisé, les vertèbres cervicales déplacées ; et comme il s'était cogné à l'angle de son bureau en tombant, il souffrait également d'un léger traumatisme crânien. En dépit de ces blessures il souriait in petto
_ Mon fumier, tu ne m'as pas loupé pensait-il en s'adressant mentalement à Balthazar vu qu'il se parlait à lui-même, c'est le principe même de la pensée. Mais cela en valait la peine, les recherches sont vaines, elles sont suspendues, surtout reste bien planqué mon pote. Attends que je reprenne du service.
Mais il y en a un qui n'attendit pas pour reprendre du service .
*Voici le portrait de Josiane Birdat ( « Deux Bouteilles Tordues Comme le Reste », dans « Chroniques Noires à Thouars », Geste éditions) : Elle économisait sur l'électricité et le fuel. Elle économisait sur tout, même sur la savonnette. L'avarice est la seule passion qui ne coûte rien. Mais accueillait le visiteur avec chaleur ( ce qui ne coûte rien)
Note de l'auteur : je reçois aussi ce témoignage réconfortant de Jean-François Mathé, authentique poète : “Si par hasard vous vous révéliez vraiment coupable dans cette sordide histoire de massacre, si vous passiez en jugement, vous pouvez faire appel à moi : je serai un ardent témoin de moralité.” Merci à lui, mais hélas les poètes ont peu de poids aux assises. A Jean Genet qui avait volé un livre le président demanda “ connaissez-vous au moins le prix de cet ouvrage ?”, l'écrivain répondit : “non, mais j'en connais la valeur”... Il fut condamné.
vous n'avez pas lu l'épisode 26
donc le voici,
puis le 27 déjà publié.
Et la suite (28) dans la foulée. Mille pardons !
Balthazar
26
Résumé : Ou en étais-je ? Ah oui... il y a eu plein de trucs depuis le premier chapitre, ça va être coton de résumer. Disons que Balthazar est dans la mouise.
Karantec brandissait le journal et hurlait
_ Qui a écrit ce torchon ?
Ludivine qui avait de l'esprit le fit asseoir. Ludivine était l'une de ces jeunes journalistes qui ont envahi les rédactions. Titulaire d'un BTS à Tours elles ont rêvé d'un noble métier et se trouvent à couvrir des concours de pétanque, à servir les plats à des élus pleins de morgue, à essuyer les colères de syndicalistes malmenés. Elles tombent de haut et expédient les affaires courantes sans enthousiasme, en soupirant. Elles n'ont pas de volonté, pas de courage : elles sont parfaites pour la nouvelle ligne éditoriale. Elles sont molles mais pas stupides.
_ Qui êtes-vous ? Dites-moi ce qui vous choque ? Demanda-t-elle à Karantec, lequel, protesta de l'innocence de son ami, exprima son dégoût pour tout ce qui avait été imprimé, et de bonne foi, raconta qui était véritablement Balthazar pour lui.
_Un anar certes, un insolent d'accord, un alcoolo oui, mais un homme digne... incapable de faire le moindre mal à un être faible.
_ Et vous avez des photos de lui ?
_ Heu, oui.. Peut-être... On a fait un voyage en Bourgogne, en Alsace et en Bordelais, en Côte du Rhône... Que les grands crus madame ! Si c'est pour rétablir la vérité, je veux bien vous les apporter.
_ Comptez sur moi.
Ludivine rédigea un papier à sa façon avec une encre trempée dans l'eau tiède. Le directeur aurait voulu quelque chose de plus nerveux :
_ C'est ta chance Laetitia, si tu cartonnes avec cette affaire, tu auras ton CDD et qui sait peut-être, tu seras titulaire du poste de Thouars.
Titulaire du poste de Thouars... de quoi faire rêver une jeune fille qui, étudiante, se voyait accréditée à vie à l'Elysée, ou envoyée spéciale au G 20 ...
Mais comme elle avait déniché des photos de Balthazar, le directeur voulut bien concéder un :
_ Bon c'est pas trop mal. Continue.
Et elle continua en se contentant d'ouvrir et fermer les guillemets, ce qui est le propre du journalisme mou.
Madame Michacul croisée sur le marché avec son chienchien « Benito » dans les bras voulut bien parler :
_ Mais vouiiiii, j'ai lu ça ! Oh quelle horreur ! C'est vrai que ce monsieur Balthazar était bizarre. Oh j'ai rien contre lui, mais parfois il était négligé. Peut-être buvait-il trop. Et... En confidence je crois qu'il n'aimait personne. Alors il ne faut pas s' étonner qu'on ne l'aime pas... Ben dame !
Martine, la secrétaire, interrogée aussi, baissa les yeux et murmura dans un sanglot :
_ Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !
Elle voulait signifier que Balthazar était incapable d'un tel forfait. Mais sans décodage, sans chercher plus loin, juste avec les guillemets, on pouvait lire cela comme un cri d'horreur.
Et ce n'était qu'un début.
A SUIVRE...
27
Résumé : Sinon il y a les alcools rudes. Je connais un Rhum agricole offert par l'Alain des îles qui fait merveille. 59 ° et plein de belles idées qui se bousculent dans son sillage. C'est fou ce qu'il inspire quand on le respire.
En fouillant dans l'annuaire de la rédaction Ludivine trouva les contacts de Balthazar.
Les défenseurs de Balthazar se comptaient sur les doigts d'une main : Moustache le pompier, Mouloud le syndicaliste, Michka le casseur de voitures, Juan-Lukos Caraboc le mage, peut-être Sobiestawa une vague polonaise qui de toute façon ne répondait jamais au téléphone ou alors très vaguement, Philippe Perrein lui, était joignable mais on ne comprenait pas ce qu'il disait, Fred un type perdu dans des musiques électroniques, quelques vignerons aux rendements miséreux ; bref rien de très reluisant pour un lectorat bourgeois.
Alain Fouquet, infirmier en alcoologie, sollicité par Ludivine, se retrancha dignement derrière le secret professionnel. Ce qui en disait long tout de même.
En revanche les ennemis de Balthazar étaient légion :
Me Aimery de Prime d'Antignol (avocat des riches), Jérôme Machecouille ( le patron d'Hyperbouffe), Henri Mistrat ( aubergiste du moulin bleu), Angèle Matrille ( femme d'un marchand de porcs), Albert Ichon et ses sbires, pour ne citer que les plus connus sur la place, sans compter les francs-maçons perdus dans le rituel des affaires, les notables de tout poil bien contents de s'être débarrassés à bon compte du journaliste, les officiers de toutes garnisons, les prélats cauteleux, des flics, des gendarmes, des anciens combattants de cantine, des religieux intégristes,... cela en faisait du monde !
Deux personnes restaient sans avis : Josiane Birdat * commerçante à l'enseigne de la droguerie générale rue Saint-Médard, une poissarde bête et cruelle mais non dénuée de bon sens ; et Me Freddy Mespieds l'avocat des pauvres ( quand ils peuvent payer) ces deux là disaient à peu près la même chose :
_ Qui connaît le fond de l'âme humaine ? N'est-ce pas ? Attendons de savoir ce qu'il dit Balthazar. D'ailleurs où est-il ?
Louis Grandclerc ne répondait pas au téléphone.
_ Et puis qu'aurait-il pu dire de plus ? Se demanda Ludivine en croquant tristement un sandwish à la salade entre midi et deux, assise au bureau, devant un grand verre d'eau. Il fallait remonter à plusieurs décennies pour se souvenir de la présence d'un verre d'eau sur le bureau de Balthazar.
Legrandu n'était pas sorti de l'hôpital. Il avait le nez brisé, les vertèbres cervicales déplacées ; et comme il s'était cogné à l'angle de son bureau en tombant, il souffrait également d'un léger traumatisme crânien. En dépit de ces blessures il souriait in petto
_ Mon fumier, tu ne m'as pas loupé pensait-il en s'adressant mentalement à Balthazar vu qu'il se parlait à lui-même, c'est le principe même de la pensée. Mais cela en valait la peine, les recherches sont vaines, elles sont suspendues, surtout reste bien planqué mon pote. Attends que je reprenne du service.
Mais il y en a un qui n'attendit pas pour reprendre du service .
*Voici le portrait de Josiane Birdat ( « Deux Bouteilles Tordues Comme le Reste », dans « Chroniques Noires à Thouars », Geste éditions) : Elle économisait sur l'électricité et le fuel. Elle économisait sur tout, même sur la savonnette. L'avarice est la seule passion qui ne coûte rien. Mais accueillait le visiteur avec chaleur ( ce qui ne coûte rien)
Note de l'auteur : je reçois aussi ce témoignage réconfortant de Jean-François Mathé, authentique poète : “Si par hasard vous vous révéliez vraiment coupable dans cette sordide histoire de massacre, si vous passiez en jugement, vous pouvez faire appel à moi : je serai un ardent témoin de moralité.” Merci à lui, mais hélas les poètes ont peu de poids aux assises. A Jean Genet qui avait volé un livre le président demanda “ connaissez-vous au moins le prix de cet ouvrage ?”, l'écrivain répondit : “non, mais j'en connais la valeur”... Il fut condamné.
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