samedi 7 mars 2015

La phrase romanesque

J'écoute France musique, je me dis " que c'est chiant"
https://www.youtube.com/watch?v=6KD39Vt7VFk
"C'est bouleversant"déclare l'animateur ...
(Tedi, je crois)

vendredi 6 mars 2015

jeudi 5 mars 2015

massacre 24

24

Résumé : Ah il y a le Champagne aussi, mais il réservé pour le dernier chapitre avec les confettis et les biscuits à la cuillère.

Le planton alerté par les gémissements de Legrandu vit l'inspecteur avec son visage en sang. Les secours appelés, le procureur avisé, les gendarmes informés, le plan épervier déployé partout sur les routes autour de Thouars, et bien sûr la direction du journal « Le Courrier de la République » mise au courant le lendemain en fin d'après-midi par la secrétaire inquiète de ne pas avoir vu Balthazar depuis un bon moment. Elle appela l'hôpital en vain, les chausettes à clous (gendarmes) en vain, les cognes (flic) avec succès si l'on peut dire .

_ Cela devait finir comme ça dit le directeur. Il devenait de plus en plus bizarre ce con de Balthazar!

_ Qu'est-ce qu'il picolait et quel emmerdeur, dit le cul de plomb ( secrétaire de rédaction) mais quand même de là à violer une gosse ?

_ Je te dis je ne l'ai jamais trouvé net ce type. Tu lui connaissais une copine ? Non ? Eh ben tu vois ! Même les stagiaires en jupon il ne les a jamais pelotées.

_ Pas comme toi ! ( on se tutoie dans la profession, c'est une tradition).

_ Eh alors on n'est pas de bois ! En tout cas c'est pas moi qui irais tuer une enfant. Bon ! Assez déconné on fait la « Une » dessus, on met le paquet. On tape fort. On va vendre du papier.

Au fond de la rédaction une jeune femme leva la main, c'était la correctrice :

_ Oui, mais la présomption d'innocence ?

_ La quoi ? Demanda en rigolant le directeur. Allez on fonce les cocos, bouclage dans quatre heures, on a tout juste le temps. Pensez à appeler ses copains, s'il en a. Les élus, ses ennemis qui sont légion et tout le toutim. Moi je m'occupe d'envoyer quelqu'un à sa place à Thouars.

Le photographe fit la grimace, il n'avait pas grand chose en archive : Balthazar ne venait pas aux arbres de noël du journal, il n'était même pas venu chercher sa médaille du travail. Il y avait bien un vague cliché pour le départ en retraite de Jako Flanur, mais on le voyait au fond de la salle et il avait d'évidence déjà pas mal picolé... C'est con mais un journaliste prend cent photos par semaine et l'on n'a pas un cliché de lui. Le syndicat sollicité, fournit finalement une photo d'identité en renaclant. Alors on fit appel au dessinateur du journal pour composer, comme une BD, les étapes Baltahzariennes : ses débuts dans d'obscures rédactions perdues en forêt ou abandonnées au fond des plaines, ses rancœurs, ses caprices, ses colères, sa solitude, ses ivresses, et pour finir une représentation fort émouvante du drame : Balthazar grimaçant au-dessus d'une fillette en sang.




A SUIVRE LUNDI


Balthazar : voter utile

mercredi 4 mars 2015

massacre 23




23

Résumé : Elle circule cette pétition ?

On frappait avec fureur à la porte. Louis Grandclerc vint ouvrir. Il souriait :

_ Ah Balthazar belle biture l'autre soir. Merci d'avoir partagé cette belle ivresse avec moi. Il faut que j'aille voir mon pote le gitan Luigi il sera bien content d'apprendre que ce fumier de milicien qui m'avait dénoncé est mort dans les flammes. Je vous emmène ? Parce que si vous venez boire, hélas, je n'ai plus rien à vous offrir, on a tout bu l'autre jour... Ou alors une affreuse gnôle... ça vous dit de la gnôle ?

_ Non... Cachez-moi. Je vous en prie cachez moi !

Assis à la table de la cuisine, Balthazar raconta à son ami les récents événements. Louis Grandclerc, ne demanda pas de preuve. L'amitié est au-dessus de tout.

_ Bien sûr que je vais vous cacher, j'ai une certaine pratique dans le domaine ( lire le secret de Marcelle et Marcel Marcel). Nous attendrons le temps qu'il faut. Le temps que votre innocence soit prouvée et si cela dure longtemps, au moins je profiterai de votre compagnie. Suivez-moi.

Ils descendirent tous deux l'escalier qui menait au sous-sol. Il passèrent devant des sacs de patates, des cajots de vieilles noix, des casiers de bouteilles vides, des cartons d'oignons.

_ Faites-vous souple, dit Grandclerc.

Il fallait passer derrière la cuve à fioul par un étroit passage mal éclairé dans un coin de cette cave. Là, derrière, s'ouvrait un étroit couloir aveugle. Au fond de cette impasse minuscule, Louis Grandclerc appuya sur le mur de la main droite et tira de la main gauche en glissant ses doigts dans un trou qu'on ne voyait pas. Le mur bascula. C'était la porte de la cache. Derrière une vaste pièce sans fenêtre mais bien éclairée par plusieurs lampes indirectes, il y avait un lit, une bibliothèque, quelques tableaux aux murs, une télé, des cartons remplis de papiers, au mur une carte d'Amérique du Sud avec des punaises de couleur du côté de la Patagonie, une table, trois chaises.

_ Voilà vous allez vivre là le temps nécessaire. C'est confortable. Ce n'est pas le grand air, mais un système d'aération fonctionnel vous met à l'abri de l'asphyxie. Je vous apporterai de quoi faire chauffer de l'eau, du thé, du café. Voici une petite provision de nourriture si par hasard il m'était impossible de venir pendant quelques jours. Il y a aussi un robinet, là derrière le rideau. Voilà je viendrai souvent, prenez patience ami. Un honnête homme est toujours reconnu... Mais cela demande parfois du temps.

Louis Grandclerc se retira.

Balthazar resta un long moment immobile. Il y avait là, dans cette pièce, un parfum connu. Mais où avait-il humé cette fragrance fine ? Tubéreuse ? Peut-être.
Une écrasante solitude était entrée là avec lui.
Il s'effondra sur le lit. Au moins ici il n'y avait pas de téléphone. Mais ailleurs il carillonnait.



A SUIVRE

Balthazar : passage obligé

mardi 3 mars 2015

Massacre 22



22
Résumé : vous me direz aussi, pourquoi ne pas boire de l'eau ? Certes, mais l'eau n'a pas de goût et comment rendre la saveur d'un récit avec un ingrédient insipide ? Eh oui il faut réfléchir avant de poser des questions stupides.
_ Bon je t'explique dit Legrandu tu as écris : « après que je suis parti je suis allé boire un Duhomard ». C'est la formule grammaticale correcte : après que on utilise l'indicatif, pas le subjonctif. Or sur la note retrouvée sous le corps de la petite il est écrit : « après que je sois parti je suis allé boire un Duhomard »... Subjonctif, une faute que tu n'as pas commise. Ensuite tu as écris « je me rappelle... avoir bu un bon vin chez Nicolas Reau » et non je « me rappelle d'avoir... » On ne dit pas se rappeler de quelque chose mais se rappeler quelque chose. Une deuxième faute que tu n'as pas commise contrairement à la note. Et aussi tu as écris : « fors l'honneur » et non « fort l'honneur » comme c'est le cas sur cette foutu papier.Une troisième faute que tu n'as pas commise contrairement à la note. Et tu as aussi écris : « je me suis trompé, au temps pour moi » ; et pas « autant pour moi » comme sur la feuille toujours. Une quatrième faute que tu n'as pas commise contrairement à la note. Et le pompon tu as écrit : « les délices enfantines sont passées » en effet délice est féminin au pluriel, la note a commis l'erreur de laisser ce mot au masculin. Donc en dépit d'une écriture laide mais parfaitement imitée tu n'est pas l'auteur de la note. Tu as d'instinct rectifié les fautes, même celles que j'ai volontairement prononcées. Voilà maintenant frappe moi et évade toi.
Balthazar souriait stupidement. Ainsi les coups de règles en primaire, les oreilles pincées par ce tortionnaire d'instit, et les exercices constants du Bled, ce terrible bouquin de grammaire, avaient une utilité en définitive ! Legrandu avait-il eu le même maître intraitable ?

Balthazar se leva, et embrassa Legrandu. Puis il recula et lui envoya une merveilleuse patate en plein la tronche, un de ces coups appris chez les paras, quand, chaque soir dans les chiottes, des querelles se vidaient une bonne fois pour toute, parfois même entre hommes du rang et gradés . Un coup redoutable qui vous écrasait le nez avec un beau bruit net. L'inspecteur encaissa avec un grognement. Le sang se mit à gicler. Balthazar fit encore une bise sur la tête de son ami, enjamba la fenêtre. Il faisait nuit et frais, avec derrière l'empyreume des latrines policières le délicat parfum de la liberté

Il n'y avait qu'un seul endroit où aller !
A SUIVRE

lundi 2 mars 2015

massacre 21



21

Résumé : Je me demande quel style peut générer une cuite au mourvèdre : lyrique ou sensuel ?

L'avenir de Balthazar se joue-t-il sur une dictée ? Ce serait absurde. La dictée elle-même est absurde. On a 20 avant de commencer et plus les lignes sont composées plus les risques de perdre des points augmentent. C'est le seul devoir qui commence par 20 et peut se terminer par zéro. Et puis ses pièges sont si multiples, si traîtres... Il en est qui en font un jeu !
Pas en l'occurrence pas de quoi rire. « C'est ton unique chance » avait dit Legrandu.
Balthazar prit le stylo, les mains moites.
_ Ecoute et écris... après que je sois parti je suis allé boire un Duhomard
_ Je rajoute : Duhomard l'apéro de Thouars, en vente partout en ville ?
La tête du flic n'incitait décidemment pas à la plaisanterie.
_ Ta gueule ! Continue : Je me rappelle d'avoir bu un bon vin chez Nicolas Reau. Ensuite : écris fort l'honneur. Et : je me suis trompé – virgule - autant pour moi. Et enfin : les délices enfantins sont passés.
Balthazar accomplit son devoir sans comprendre le sens de ces mots absurdes. Il pensa : si c'est avec ça que mon innocence va être prouvée, c'est vrai que je suis dans la mouise. Consciencieusement il rendit sa copie.

Legrandu examina la dictée et un sourire se dessina sur son visage soudain moin grave.
_ Ah putain ! A ma couille tu me fais plaisir ! Ah c'est quand même bien imité. Bon voilà ce qu'on va faire. Tu vas me foutre un bon coup de poing dans la gueule, tu vas ouvrir la fenêtre, et tu vas te barrer. Tu fous le camp où tu veux, et laisse-moi éclaircir cette affaire. Je sais maintenant que ce n'est pas toi... Ah quel soulagement. Tu vas t'évader parce que demain tu sera en taule pour de bon. Et quand on y rentre on ne sait pas quand on en sort. Moi je sais que tu es innocent, mais ce que je sais n'est pas suffisant pour constituer une preuve absolue.
Balthazar avait cet air bête qu'on a soudain quand on tombe des nues ou qu'on a trop bu, ce qui d'une certaine façon relève de la même niaiserie.
_ Mais quésaco ?
_ Tu as réussi ton examen mon ami, vas-y frappe fort. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut cogner sur un flic et que cela lui fasse autant plaisir.
_ Heu...

A SUIVRE

Pote poète

Parfois, ici même, la lectrice fluide et le lecteur curieux croisent Jean-François Mathé au détour d'un aphorisme.
Aussi bon qu'un verre de rhum !

Ambiance musicale ici : https://www.youtube.com/watch?v=UtQpSGyPCBE

Ce gars est un poète, un vrai, un qui fait dans la dentelle. Il sera à la médiathéque de Thouars ce vendredi 6 mars à 18 h 30 où y on lira ses textes en musique.
Il faut y aller ! C'est beau ! C'est simple ! C'est doux ! C'est comme une lampée ! C'est comme un baiser ! C'est mieux que le silence qui se tait !

EXTRAITS
"Sous des dehors"
"Mais ce n'était rien disons-nous
quand le soir retombe sur nous
avec une légèreté de jardin"
.............................................

"Les sentinelles désœuvrées
tuaient les oiseaux"
"Agrandissements des détails"
"La plus haute feuille de l'arbre
appartient au ciel
pas à l'arbre"
...................................................

"Le corbeau attend la neige
pour être certain
d'être noir".
.............................................
"Ma voisine dans le train :
son sommeil de jeune fille
libère du corsage
de brefs éclats de peau
Mais c'est dans son souffle innocent
qu'elle est entièrement nue".
"Le ciel passant"
"Instants, nous ne sommes pas plus que vous portés dans ce monde". 
.....................................................................................
"On a transformé le bureau des personnes disparues
en bureau des objets trouvés
le fleuve ne ralentit pas
au-dessus des noyés"

dimanche 1 mars 2015

massacre 20

20



Résumé : sinon il y a le thé aussi ( parfaitement j'en bois!) mais c'est bon pour les descriptions. Oui... il y en a guère ici...





Le carnet de notes de Balthazar est spécial. Il est composé d'une enveloppe en cuir qui cache une pince. Sous cette pince des liasses de papiers bien découpés et usagés au verso. Il écrit ses notes au recto avec un stylo noir ( JAMAIS DE BLEU! Il a des manies de vieux gars). Il n'est pas facile de lire ces notes. D'ailleurs d'ordinaire il ne s'en sert pas.
Legrandu fueilleta les papiers grifonnés. Mais il n'y avait pas dans leur déroulement une logique : « penser à acheter du pied de porc »... « 12.000 pour faire avec en dépit du monde »... « Et la goujure» « trouver trois billes qui tournent dans le bon sens»... « Gongorisme peut être utile, à toute fin »... « Penser à appeler Dédé, Alain le gars des iles, et Joaquim de la Martinière l'infidéle, Valérie et Bernard »...« commémoration nécessaire ? »... « Apache aux arts »... « Riton dans les bois »... “ est-ce que Tedi picole?”. Dans un autre contexte cela aurait pu ressembler à ces messages radio de la France libre.
_ Comment fais-tu pour t'y retrouver dans ce galimatias ? En tout cas je ne vois pas là de lien avec le message trouvé sur la scène de crime. Bon, hop ! Pièce à conviction ! Dit Legrandu en glissant le carnet dans une enveloppe.
_ Comment ça ? Pièce à conviction ?
_ Aller on rentre au commissariat. Tu sais Balthazar, ton affaire pue. On retrouve une feuille de ton carnet serré dans la main de cette pauvre enfant. Tu dis avoir perdu ce carnet. Je le retrouve dans ta rédaction... ça ne va pas fort ta défense.
_ Mon âme pure se moque des contigences.
_ Tu ne comprends pas, tu es dans la merde jusqu'au cou.
De retour au commissariat, Balthazar fut conduit en cellule. On lui retira ses lacets, sa ceinture, ses lunettes de soleil.
_ Encore heureux qu'on ne me rase pas !
L'atmosphère était lourde. Legrandu appela le procureur qui lui donna ses consignes. Ce magistrat ne fut pas tendre pour le journaliste. Vieille rancune de la profession : se faire un journaliste l'occasion était trop belle.
_ Vous me déférez ce gars demain, à la première heure, son compte est bon. Vous avez fait du bon boulot inspecteur.
Legrandu se gratta le crâne. Il était malheureux. Il ne croyait pas en l'atroce culpabilité de Balthazar, mais les faits sont têtus comme des femmes capricieuses.
Il appuya sur l'interphone
_ Amenez-moi le journaliste.
Ce qui fut dit fut fait comme on dit quand on veut que quelque chose soit fait.
_ Pas besoin de mettre les bracelets dit l'inspecteur au planton qui, sans s'étonner, fila dare dare finir
sa partie de domino avec son brigadier.
Le policier dit au journaliste :
_ Tu vas faire une dictée.
_ ???
_ Je n'ai pas le cœur à rire, c'est très sérieux, je te conseille de te concentrer, voilà du papier et un crayon.
Si les temps étaient plus heureux et plus enclins à la godriolle Balthazar aurait dessiné l'une de ces silhouettes graveleuses qui ornaient les chiottes de son ancien régiment, avec des ailes en plus... Mais l'heure était grave. Très grave même.
_ Je te le dis c'est ton unique chance, nous resterons peut-être ami en dépit des charges atroces qui pèsent sur toi. Et je ne sais encore quoi penser, alors concentre toi.
A SUIVRE ...