lundi 5 janvier 2026

Un gars de la campagne

 



Joseph était doué, alors il avait fait des études, il est devenu un crack en physique cantique. Il a donc été obligé d'aller habiter dans les grandes villes d'Europe. Lui qui adorait sa campagne bocaine, lui qui adorait les flâneries sous les frênes et les parfums capiteux des pâtures, il était bien malheureux.  Souvent il appelait son frère Matthieu qui était paysan bio du côté de Faye-l'Abbesse, et il lui racontait l'horreur de la ville, sa puanteur et ses trottoirs maculés. Il en avait les larmes aux yeux. Alors Matthieu inventa pour Joseph un beau système pour marcher dans l'herbe même à Paris.
Voilà tout.

dimanche 4 janvier 2026

En bonne compagnie

 

Je retrouvai Blaise (Cendrars) au bistro, comme convenu. Il attaquait au blanc-citron-sucre et j’enchaînais. Comme je lui demandais des nouvelles de Woody (Guthrie) il répondit : "tiens le voilà ce bougre de compagnon".



En effet Woody poussait la porte de l'estaminet et nous rejoignit en commandant lui aussi
Un rince cochon Monique !
Nous buvions sec à l'époque, Blaise revenait de la forêt où il avait goûté à l'Ibadou l'herbe qui télétransporte, et Woody venait d'écrire sa 1.112e chansons. Il nous la chanta avec cette technique de guitare qu'il avait lui-même inventée, rugueuse et vive. Le refrain parlait d'un  type qui avait perdu aux cartes après que sa femme fut partie avec un quincaillier ... enfin un truc comme ça.

Comme Julien (Gracq) passait sur le trottoir d'en face la tête dans les épaules nous le hélâmes ( j'emploie le passé simple pour lui faire plaisir).



Il déclina d'abord l'invitation et accepta finalement sur l'insistance de Blaise. Il commanda une tisane  ( avec du rhum dedans), puis un vin cuit et ensuite un quart de chaume. Nous parlions de voyages et de Loire. Le temps qui passait était bon. Léonard (Cohen) toujours en retard nous rejoignit à la nuit tombée. Il était drôle vous ne savez pas combien.



 Et François (Augiéras) plus fou qu'à l'ordinaire entra en vociférant, il était vêtu d'un court pagne. Dehors il gelait à pierre fendre.


Il ne voulut rien. Il avait sa théière, son thé, son brasero et fit sa propre infusion. Il hurla : " je vous aime tous."

La pendule avançait à tâtons.

Partons en bordée ! hurla Blaise. Il était  22 h 22. Je le suivis, nous prîmes un bateau dans un port sans nom. Il mit le cap au nord  et nous débarquâmes en Sibérie. Ou bien il mit le cap au sud ... Je ne sais plus.
On est foutrement bien au paradis.

Voila c'est tout !

jeudi 1 janvier 2026

conte express sous l'eau

 Détente

Ce jour-là elle n'était pas aux rendez-vous. Il a attendu longtemps, ses bouteilles étaient presque vides quand il a rejoint la plage. Le lendemain elle n'était pas là non plus ... ni les jours suivants ! Pourtant elle était bien amoureuse de cet homme grenouille, elle l'avait dit avec des signes et même ils avaient échangé leurs embouts buccaux. Elle n'est plus jamais venue. Furieux il a pensé : "quand même elle ne manque pas d'air la gonzesse !"
Voilà tout.