Les archives de ce blog sont à voir sur "Sapristi Balthazar over-blog.com"

mercredi 25 mai 2016

MENTEUR XV


Le second fut tout éclaboussé du sang du mousse. Un morceau de cervelle lui sauta au visage. Je vis le capitaine hurler, mais je n'entendis pas son cri, le vent faisait son tapage. L'enfant ouvert fut poussé sous le plat-bord avant. Il y avait urgence ailleurs. La felouque dansait frénétiquement. Il n'y avait rien à faire qu'écoper furieusement et tenter de maintenir l'embarcation en forçant terriblement sur le gouvernail.

Cela dura des heures.

Et peu à peu le vent s'apaisa. La mer restait grosse. Nous étions épuisés. Nous dormîmes tour à tour, prenant chacun le quart afin d'orienter la proue toujours vers la houle.
Enfin tout redevint parfaitement calme. Le capitaine pleura enfin son neveu qui fut immergé, cousu dans une vieille voile, et lesté d'une gueuse.

_ Nous ne te tuerons pas, dit-il, la tempête a chassé les poulpes. C'est fini, nous n'avons plus rien à faire dans ces eaux tristes. Nous ne pouvons te ramener au port. Nous nous méfions de toi, tu pourrais parler, d'ailleurs tu parlerais. Nous allons te laisser sur une grève par là.
Il montrait l'Est.

En taillant dans la voile latine nous pûmes prélever sur la bordure un semblant de toile. Ce fut assez pour reprendre notre route, lentement. A bord personne ne parlait plus. Nous laissâmes la Lycie à bâbord puis la felouque piqua vers une plage de Cilicie.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire