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mardi 3 mai 2016

MENTEUR III






J'ai écrit jadis un évangile du mensonge bien loin de Saint-Jean Chrysostome "la bouche d'or". Un évangile apocryphe, c'est à dire caché. Il était plein de folies et de suavité.
"La vérité rend libre" dit Saint-Jean ( chap 8 v 32). Si cela est exact, elle vous jette aussi dans la solitude noire, j'en ai fait l'amère expérience dans une autre vie. Aussi me voilà menteur comme un arracheur de dents et je m'en porte très bien. Il m'arrive même de me mentir à moi-même, de me construire des vies somptueuses peuplées de maîtresses d'une effarante beauté et d'une douceur si voluptueuse que je m'enivre d'elles.



 L'homme libre doit mentir, ou mourir d'ennui. D'ailleurs qu'est-ce que la vérité ? Une nuance, rien d'autre. La nuance peut évoluer et basculer dans le mensonge,  sans très bien qu'on sache comment ni pourquoi. La frontière est ténue, si fine même qu'en la parcourant du regard on se met à loucher.
Il n'y a qu'une façon alors de savoir : c'est de faire couler le sang.
Lorsque j'étais bûcheron il pouvait être très tragique de se laisser aller au délire. Voir des arbres tomber, assister à l'ouverture soudaine des trouées dans le ciel, sentir le soleil s’engouffrer brutalement dans la futaie, cela peut rendre fou.



Il est bon alors de s'entailler profondément la cuisse et de faire couler son sang. D'abord c'est un partage avec les arbres et puis la blessure calme des fureurs, on sait alors que le monde a quelque chose d'un peu réel. C'est aussi une manière d'initiation. Toute initiation doit faire un peu pleurer, sinon elle n'est pas valable... disons qu'elle est alors un peu surfaite... disons qu'elle est à la portée de tous et que, par conséquent, elle n'est pas accomplie.

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