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mercredi 4 mai 2016

MENTEUR IV





La chanson dit : "Journée noire, nuit d'orage. Pas d'amour, pas d'espoir en vue. Ne pleure pas, il vient. Doux chant du salut".

Jadis alors que j'étais dans cette armée folle qui nous faisait hurler des insanités comme roulaient
les GMC vers les avions qui devaient nous larguer de nuit sur des ronciers ; jadis sous le béret rouge, les vieilles dames nous laissaient le passage sur les trottoirs. J'en étais meurtri, véritablement.
 Et nous chantions le refrain du régiment sur air allemand.








Jadis j'allais, rasé et arrogant. Ou plutôt nous allions en meute. Chassant le Crouille et le Youpin. Le Crouille était plus facile à trouver lorsqu'il revenait fourbu des chantiers. Nous le laissions meurtri et effaré. Il ne comprenait pas la supériorité de la race blanche. Et nous ne savions pas bien expliquer, il faut reconnaître.
J'arborais le tee-shirt "double 8 ".


Je voulais aussi le tatouage comme celui-ci :


Ou bien un truc dans ce genre

Mais à force d'hésiter je ne me suis pas décidé, et puis j'ai changé. Je ne suis donc pas tatoué mais il s'en est fallu d'un cheveu, quoique nous allions rasés à l'époque.

Je peux bien dévoiler le secret aujourd'hui : 8 est la 8ème lettre de l'alphabet : le H. Deux fois 8 signifie "H-H" soit "Heil Hitler".

A l'époque nous mangions des gâteaux comme ceux-ci 


Mais je me suis lassé des chants de caserne qui tournent en boucle. Je me suis lassé de l'odeur amère du parachute qui s'ouvre. Je me suis lassé de la bière. Je me suis lassé de faire bouillir les culasses de pistolet mitrailleur dans les casques lourds pour leur enlever toute trace de graisse. Je me suis lassé de l'asperge, ce mât qu'il fallait agripper en sautant dans le vide.



  Le démontage du fusil les yeux bandés ne m'amusait plus.Et mes copains ont commencé à me dégoûter. Leur vulgarité était sans borne.

Et puis, surtout j'ai croisé le regard de Liraz. Elle était juive. Elle s'appelait Liraz qui signifie "mon mystère" mais je l'appellais Lipaz qui veut dire "mon or pur". Alors bien sûr j'ai abandonné mes infectes habitudes. 
Cela a été facile : on remplit si aisément la vacuité. Avec Lipaz le monde a changé. Je suis devenu Soufi.



Et je récitais Roumi

Ô Jour lève-toi, les atomes sont en train de danser.

Grâce à Lui, l'univers est en train de danser.

Les âmes dansent, triomphant avec extase.

Je murmurerai dans ton oreille où cette danse les mène.

Tous les atomes dans l'air et le désert le savent bien, ils semblent fous.

Chaque simple atome, heureux ou misérable, tombe amoureux du soleil, dont rien ne peut être dit.


Rien d'autre qu'ivresse et transport

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