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jeudi 12 mars 2015

massacre 29




29

Résumé : Pas de vodka pour écrire, après le style est trop russe, la moindre nouvelle fait 300 pages au bas mot. Et puis personnes ne peut se souvenir des noms propres, alors que là....



Du fond de sa réclusion volontaire, Balthazar vivait l'existence singulière d'un moine. Il découvrait chaque jour les négligences de Ludivine, puis ses petites lâchetés et sa culpabilité professionnelle. Le dernier communiqué d'Albert Ichon ne faisait plus dans la litote mais tapait directement au foie :

_ Hier encore j'ai croisé devant la Poste de Thouars l'un de ces mendiants venus des contrées malpropres de l'Est. Il y en avait deux autres dans la rue piétonne, et encore une place Lavault. Il est temps de nettoyer nos rues de ces parasites. Hier encore une commerçante fort digne, Mme Birdat, me disait qu'elle avait essuyé une insulte proférée par un petit arabe. Il est temps de renvoyer ces gens et leur nombreuse (ô combien) famille dans leur pays ensoleillé. Heureusement notre circonscription ne souffre pas de l'abondance des noirs, mais il faut être vigilants chers compatriotes, on en annonce du côté de Parthenay et Bressuire.

La technique de cette fripouille d'Ichon était simple et hélas efficace : transmettre à la presse des comuniqués assez courts qui ne seraient pas taillés. En revanche en transmettre sur un rythme régulier autant que fréquent. Et forcer chaque fois le trait jusqu'à ce que l'énormité du message passe sans heurt. Tous les poncifs de l'extrême droite étaient ainsi déclinés, de la défense de l'Occident à celle de la famille catholique (intégriste).

Le dégoût de Balthazar grandissait comme le temps passait. Il en rageait et hurlait contre Ludivine cette

_ misérable petite conne !

Ludivine fut titularisée et conserva le poste de Thouars. La rubrique était molle, les élus n'hurlaient plus, le directeur était content. Les articles commençaientsouvent ainsi : « on a bien cru qu'il allait pleuvoir, mais heureusement il a fait beau sur la fête. Ce fut un bouquet de couleurs. Le maire a bien parlé. »

Legrandu était sorti de l'hôpital, mais son enquête piétinait et il perdait du temps. La sous-préfète devenue la grande amie d'Albert Ichon ( et peut-être même sa maîtresse) harcelait le flic. Il fallait faire des descentes régulières chez les manouches, il fallait fouiller la moindre auto conduite par un « bronzé » comme l'écrivait désormais Ichon ; le mot était devenu ordinaire, il fallait multiplier par quatre les patrouilles... L'étau se resserrait sur Thouars.



A SUIVRE Lundi...

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