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mardi 18 août 2015

La jouissance du monde 38 (II)







Cette marque rouge en forme de harpon sur le pied d'un jeune hêtre m'intrigua d'abord. 

Je battais les alentours. En vain. Pas une trace, pas une branche brisée, pas de mousse écrasée dans le sous-bois. La teinte rouge semblait pourtant dater de la saison en cours. Elle était relativement fraîche. Je me lassais et je repris mon errance, triste et plus malheureux que le renard au collet. J'avais perdu le goût de la jouissance.

Épicure dit que l'homme qui ne jouit pas fabrique la maladie qui le consume. Je ne savais rien d’Épicure alors, mais je savourais absurdement et intimement ce dégoût des choses. Aurais-je aimé être dans une foule ? Épicure disait que toute foule était une tempête. Une foule ? Une foule ? J'ignorais tout de ce mot et de ce qu'il signifiait même. Mais il flottait dans ma tête comme des morceaux d'épaves. Les épaves de mon atroce rêve.



Jadis, au temps de nos belles chevauchées avec Amogh je savais concentrer le présent. Je savais « qu'il n'y a pas plus de temps dans une vie brève que dans une vie longue ». Et comme Sénèque, je me demandais qui était le plus heureux dans l'arène : le gladiateur qui meurt en dernier ? Bien sûr à l'époque je ne me rappelais pas Sénèque non plus. Tout cela est venu peu à peu. Et de plus en plus . Ce fut plus tard, quand je vécus aux côtés de Piotr. Mais nous n'en somme pas encore là.

En marchant des images me perforaient la tête, et se plantaient dans ma tête. Elles m'étaient inconnues et habitaient en moi comme chez elles. Je fouillais au hasard dans ces brimborions.

Étés de poussière.
Caillasses écrasées.
Revue de paquetage dans la cour : « deux paires de chaussettes longues et une paire de soquettes de sortie. Une fourragère. Un casque lourd. Un béret rouge... »
Un jeu de cartes incomplets mais avec des images de femmes à demi-nues, arraché de haute lutte aux jumeaux roux dans les chiottes du lycée. Il y avait une chinoise.
Toupies de bois rétives au fouet.

Ecoeurants réflexes de meute.
Des narthex venteux.
(A suivre)

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