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lundi 17 août 2015

La Jouissance du monde 37 (II)











Mais il reste que le nomade a besoin de bouger, j'en avais assez de ce confort, de cette nourriture abondante et facile d'accès, de ces méduses qu' il suffisait de cueillir en se baissant sur la plage, de ces coquillages si vulnérables ; personne ici ne se battait vraiment.

Tout était si... définitif. Si déterminé.

Et cela a fini par me dégoûter. Un matin je suis parti, j'ai marché vers le nord en piquant de plus en plus à l'est. Le froid devenait saisissant alors j'ai creusé un piège profond avec mes ongles. Dans le fond j'ai planté des pieux patiemment affutés sur un granit grenu. Une biche là s'est empalée. J'ai dévoré sa viande cru, sucé sa cervelle et sa moelle. J'ai gardé deux os en guise d'assomoir, je me suis habillé de sa peau. Et j'ai recommencé plus loin. Et je suis retombé peu à peu dans l'infecte civilisation. Je portais même des chaussures cousues de peaux d'anguille. Plus je reprenais contact avec le confort plus ma solitude devenait cruelle. J'aurais tant aimé croiser alors Amogh. Que devenait-il ? Etait-il toujours vivant ? Ou bien une patte d'ours l'avait-elle décapité d'un seul coup ? Amogh … Je n'avais pas pensé à lui depuis si longtemps... Et cette femme aussi... Comment s'appelait-elle ? Nous l'avions laissée morte dans le fond d'une minuscule grotte. L'avais-je aimé ? Oui... Je crois bien. Et ce fut amer. C'est alors que, soudain, je compris que j'avais des souvenirs. Des morceaux de souvenirs à la dérive. Ils étaient très nets. Mon vieux rêve, celui du massacre des miens dans un village de Pologne me hantait aussi. La mémoire était donc cette chose douloureuse ? Elle servait à vivre, mais à vivre malheureux. Quelle vilaine découverte !

Il se passa un peu de temps avant que je croise ceci :


Jamais je n'avais vu semblable chose. Un signe. Un signe humain.

(A Suivre)

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