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mercredi 12 août 2015

La jouissance du monde 35 (II)





L'hiver tardait à venir. Tant mieux, j'abandonnais les pentes drues aux herbes coupantes, m'éloignant toujours plus d'Amogh pour me couler dans des plaines grasses sur lesquelles les vents fonçaient à perdre haleine. 

J'entrais dans un pays expert en pluies : du crachin léger à la trombe extrême, il connaissait toutes les variantes du mouillé. J'aimais ma nudité et mes frissons. Avec de longues épines d'acacia et de la suie recueillies sur un chêne foudroyé, je m'étais tatoué toutes les portions du corps accessibles, sauf le visage et le dos. Il y avait là bien sûr le serpent qui se mord la queue et bien d'autres signes qui me vinrent gracieusement à l'esprit.




 Je dois avouer- pour être tout à fait honnête - que je consommais beaucoup de ce champignon qui ouvre d'autres horizons. Très absorbé par ma tâche je ne pouvais guère chasser et me nourrissait essentiellement d'escargots crus brisés sous le caillou et de cresson sauvage. Je ne conservais rien. Le moindre lien, la plus fine arête de poisson, l'os lourd prélevé sur un cadavre de cerf ne me servait qu'une unique fois. Tel était ma théorie.

Et j'avais en tête ce divin précepte venu de très loin au fond du Temple « si un des frères se montre attaché à quelque chose il importe qu'il en soit aussitôt privé. »

J'étais un admirable frère.

J'étais si plein de vide.
( A suivre lundi)

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