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mercredi 2 mai 2018

Vie en tranches : naissance

Gustave Courbet

Je suis né par hasard, je ne m'y attendais pas du tout. D'ailleurs personne ne s'y attendait. Il a fallu bien vite que maman prenne l'avion ; et mon premier cri fut pour Marrakech. J'ai embarqué comme passager clandestin à Agadir ( bien caché dans le ventre de maman) et je suis né à Marrakech. Pourquoi ce voyage? je n'ai jamais très bien su. J'ai toujours eu un goût prononcé pour l'impromptu et même l'inattendu.
Donc au pied de l'Atlas enneigé, j'arrive. Mon poids ? On n' a jamais su, j'étais si gros que l'aiguille du pèse-bébé a basculé tout de suite à droite, bloquée au-delà de 5 kg. Dans un  pèse-bébé il n'y a pas de tare ( en tout cas il n'y en avait pas à l'époque). C'était un 10 juin ( tiens la même date que la naissance de Courbet !)



Je suis revenu à Agadir, par avion, avec mes papiers en règle bien tamponnés. J'étais le 5e. Trois filles et un garçon m'avaient devancé sans me demander mon avis. D'ailleurs à la maison personne ne m'a jamais demandé mon avis. L'ainée commandait  à la cadette qui commandait à la troisième qui commandait au quatrième. "Et moi à qui je commande ?" demandais-je un jour de pluie, "aux oiseaux !" m'a-t-on répondu ; cela vous forme le caratère.
Comme j'étais là, on m'a gardé. Je ne savais pas encore ce que j'allais devenir : sculpteur sur ivoire (comme Désiré le fils de Courbet ) ? J'aurai pu me spécialiser dans la taille de petits morses façonnés dans des dents d'hippopotame importées et vendus dans les boutiques de souvenir à Nuuk, Uummannag, Qasigiannguit ou tout autre ville pittoresque du Groenland. Ou bien j'aurais pu devenir polisseur de miroir de télescope, un beau métier aussi qui fait beau sur un passe-port. Bref.
Avant que je vienne au monde, tiré du plérôme où je baignais dans un absolu bonheur, Agadir avait accueilli, sans le savoir, François Augiéras, il arpentait à l'époque le sable de la plage ( sans doute en dessous de chez nous) en aventureux voyou. Il dormait dans les salles abandonnées la nuit du lycée où mes soeurs aînées faisaient leurs humanités.
On habitait une maison gaie avec des géraniums géants, et un coin plein de bananiers où dormait un serpent géant escorté de sa cour de "serpents minute", des petits serpent noirs qui vous mordaient entre les doigts quand vous voliez une banane. Et soixante secondes plus tard, vous étiez mort.
Brahim faisait le jardin, Laoucine me donnait à manger. Un jour je suis tombé malade, j'ai eu la rougeole et le médecin qui est venu sentait la fleur d'oranger. Je crois bien que c'est mon premier souvenir. Le souvenir d'un parfum. L'autre souvenir c'est mon père qui versait à grands mouvements de bras des seaux d'eau dans la chambre que je partageais avec mon frère, pour rafraîchir les soirées torrides. Et ça sentait l'eau qui sèche sur les dalles chaudes.


Après il y eut le tremblement de terre, mais nous avions déjà quitté la ville. Pourquoi avions-nous déménagé ? Mon père (ingénieur des ponts et chaussées) avait été nommé chef à Marrakech. Ou bien est-ce moi qui me languissait de ma ville natale ?


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