mardi 8 octobre 2019

J'ai su rester simple (29)

A lire comme une sorte de roman moderne.

En rentrant chez elle, et en posant ses courgettes dans l'évier Kimberlé soupira « décidément cela ne sert à rien d'humaniser les gens. Il est con ce Mouloud. S'il donne son corps à la science … ce sera de la science fiction. »
C'est alors que Kevin sortit des toilettes en disant : « j'y pense : est-ce qu'une désillusion d'optique c'est la réalité ? Hein ? Et un papillon qui prend un bain, eh ben il est foutu ! » Vivre avec Kevin n'était pas chose simple. Que lui répondre quand il clamait dans les manifs « je suis soumis à la libertééééé » ou bien quand il demandait au serveur du resto « sommes nous des ogres timides ? ». C'était une sorte de poète qui ne portait jamais de montre sous prétexte qu' « en dehors de donner l'heure, si on y pense bien, une montre ne sert à rien ». Des fois Kimberlé n'en pouvait plus et lui disait : « si je change d'homme un jour, ce sera une femme ». Il répliquait : « Impossible ma KIMBER si je t'embrasse, je t'embrase ! ».
Kimberlé se faisait une raison, à force d'avaler des couleuvres on ne sait plus prendre ses jambes à son cou.
ogre timide

souffle continu et Bach bien sûr







lundi 7 octobre 2019

J'ai su rester simple (28)

A lire comme une sorte de roman moderne.

Elle avait un amoureux caché, il s'appelait Mouloud, c'était l'épicier en bas de l'immeuble. Il la faisait rire. Un jour en lui offrant une livre de courgettes il lui confia « vous savez j'ai fait rire beaucoup de filles mais j'en ai embrassé très peu. » Alors, pour effacer la petite larme qui coulait au bord de l'oeil de Mouloud ( qui était borgne) Kimberlé tenta quelque chose de pittoresque elle dit avec un regard malicieux: « Allez Mouloud, à la louche, fais moi une fourchette de prix pour ce lot de couteaux ». Mouloud fut tout de suite réconforté : c'est pourtant vrai que l'anagrame du mot « guerison » c'est « soigneur ». Voilà un truc qu'il faudrait méditer mais je n'ai pas le temps d'y penser. Mouloud tout guilleret osa cette saillie : « ah Kimberlé ! c'est pourtant vrai cet aphorisme : « qui aime bien châtie bien … » mais quand même je préfère être embrassé. » Kimberlé en eut assez, elle tourna les talons. Mouloud pensa qu'une femme froissée et une femme à repasser « je ferai mieux la prochaine fois » se dit-il. Il s'en alla faire l'inventaire de ses stocks ; comme les sangliers, il était souvent déçu « ça ne sert à rien de faire des choses inutiles » soupira-t-il en tournant les babouches. 
( A suivre mais cela ne va pas durer)

dimanche 6 octobre 2019

J'ai sur rester simple (27)



A lire comme une sorte de roman moderne.



Dominique il a été gâté cet enfant ! tant mieux. Il en profite, tant mieux ! puisque la fin du monde n'aura pas lieu comme d'habitude. La précédente fin du monde je m'en souviens, c'était biennnn. On a beaucoup ri. Même avec le beau-frère de Kevin qui pourtant est con au point qu'il avait mis son flash pour photographier le soleil. « ça me fera un souvenir pour après la fin du monde » qu'il disait.

Kimberlé avait le sens de la poésie, après ses rêves, la nuit, elle voyait passer le générique. Elle disait aussi, le regard vague : « vivre oui … mais à corps perdu » . Elle aurait pu écrire des choses très belles. Mais elle avait oublié qu'elle avait de la mémoire la pauvre. Après avoir bu cul sec un bol de gnôle de gewurztraminer elle hurla « DEMAIN c'est quand même le mot le plus précis pour définir le futur ».

( A suivre lundi si ça se trouve)



samedi 5 octobre 2019

La phrase romanesque

Chez les vignerons ne pas confondre "on refait une mise" avec "on fait une remise".

(Balthazar Forcalquier)

Refaire une mise ... en bouteille. 

jeudi 3 octobre 2019

Un livre plein de vent, d'oiseaux et de silence






Le poète Jean-François Mathé explore dans son dernier ouvrage les rythmes apaisés de l'homme devenu sage, et débusque aussi de fugaces et lumineux éclairs de grâce.

Ce n'est pas un testament que ce livre, c'est beaucoup mieux, c'est un partage de flâneries minuscules, d'éblouissements si fins qu'en temps ordinaires on les gâche, ou pire on les piétine. La vie qui va est le privilège des jeunes, la vie qui marque le pas est celui des êtres mûrs. Entendons nous bien, il n'y a pas dans ce recueil une demi-phrase, ou même un souffle de nostalgie ! Oh non ! Il n'est pas question des temps perdus. Le dernier recueil de poésie ( en date ) de Jean-François Mathé, aux éditions « Le silence qui roule » s'appelle « Vu, vécu, approuvé ». Les poèmes – toujours sans titre, c'est une vieille habitude de l'auteur depuis le milieu des années 80 – palpitent de cette attente, sans impatience, qui habite les esprits à l'heure languide qui blanchit les cheveux et plie les genoux. L'auteur partage des instants fugaces, des espaces de lumière, le halo d'un feuillage frémissant, « des ciels de plus en plus transparents d'où tomberont des ailes fatiguées ». Alors, même les habitudes deviennent élégantes « nous recousons chaque fois la tendresse qui est de moins en moins l'amour. » Avec l'âge, la vie traîne des pieds et soulève une jolie poussière : «  tu étais cambré et moi à genoux. Tu cueillais les fruits, je ramassais l'ombre du cerisier. Tout était net quand nous partîmes. L'échelle restée debout signe ce tableau que rien plus n'encombre. Laissons-le là, clair, sous son vernis d'air. » Ces poèmes ressemblent à ces instants de grâce - heureux ceux qui les ont vécus – qui surgissent soudain dans l'ordinaire, à un feu rouge, en attendant un ami au café, au rayon des épices du super-marché. Soudain ni le temps ni l'espace n'ont plus une quelconque fonction, un voile bouge et le souffle qui le soulève nous embrasse. Voilà à quoi ressemble ce livre qu'on relit encore et encore parce qu'il partage généreusement ces paisibles et fantastiques sentiments. Ils sont d'autant plus forts que leur saveur est légère. C'est un mystère certes, et le labeur du poète est de les saisir, de les triturer sans les trahir, de les faire entrer dans les mots sans les blesser. Dans la trentaine de poèmes qui composent le recueil le mot « vent » apparaît dix fois, « silence » sept fois, « oiseau » cinq fois. Certes cette comptabilité est un peu absurde mais elle dit à sa façon la respiration aérienne de cette aventure.  « Ce que ma voix a semblé ne pas dire tombe en flocons dans un silence de neige. Pourtant, certains l'entendent du ciel à la terre : oreilles fines des amis proches qui accueillent tout ce qui était murmuré pour eux seuls, dans les parenthèses de ce que je criais à tous. » La voix du poète n'est jamais vaine !

 « Vu, vécu, approuvé » est disponible au « Brin de Lecture » rue porte de Paris 12 €.

 extrait :

« J'aime regarder
le vent qui ne se voit pas,
j'aime poser des pierres
sur la peau de l'eau
pour qu'elles y disparaissent,
j'aime feuilleter les pages
dont la blancheur en dit plus
que les mots qui y sont écrits,
j'aime que le vide, en tout, tienne
la porte ouverte à qui ne veut que partir »




mardi 1 octobre 2019

J'ai sur rester simple ( 26)

 A lire comme une sorte de roman moderne.

Ecrire c'est facile, je le sais bien, il suffit de boire de l'alcool. En ce moment je tourne à la gnôle de gewurztraminer … c'est réservé aux plus de 45 ans, huit mois et vingt-huit jours. C'est comme si vous voyagiez dans les neurones avec, dans la main, du papier de verre, et dans l'autre main une carte routière qui n'est pas à jour.

Finalement Kimberlé a eu fils dont le père était probablement Kevin. Je dis probablement parce que je n'étais pas là quand les planètes se sont alignées et qu'ensuite ils se sont endormis, déçus, chacun en face de leur table de nuit. C'était un garçon... enfin je crois. Si ! Si : c'était un garçon puisqu'ils l'ont appelé Dominique, si ça avait été une fille il l'aurait appelé Claude : CQFD.

( A suivre lundi ...)