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dimanche 6 septembre 2015



Honoré


Odette




Norbert
(dessins de Louie Travis)


dessin de Travis Louie

Triste, triste, triste destinée

Sa mère Odette (née Gropiet) et son père Honoré (né Aupeladessus) en avaient beaucoup rêvé quand il était petit. Au moment de choisir son orientation - entre mardi et jeudi - ses parents évoquèrent pour lui cette voie royale : poseur de phrases en gros. Un beau métier qui se pratiquait au sec et au chaud. Mieux que livreur de lettres en tout cas. Mais ils n'avaient pas les moyens, alors ils passèrent à autre chose.


Fabriquant de triangles en retraite, Honoré ne disposait que d’une maigre pension et Odette n’avait jamais cotisé de sa vie… c’est dire. La vente du stock de triangles à un grossiste en grosses caisses avait tout juste permis d’acheter le minuscule pavillon dans lequel se serraient Norbert et ses parents, modeste masure dans la banlieue de Pisse-sous-Paillasson ; au demeurant une charmante localité située au bord de la Cassecouille si poissonneuse entre le 12 juin à 8 h 50 et le 2 juillet à 23 h 58, et grenouilleuse à souhait chaque jeudi entre 12 h 15 et 12 h 20. La cuisine était si exiguë qu’à l’heure de la soupe le père prenait place dans le couloir et Norbert s’asseyait dans les WC qui donnaient bizarrement sur l’évier (par devant) et la réserve à charbon (par derrière). “ Mémère” ( ainsi appelaient affectueusement Odette les hommes de la maison , plus rarement “grosse Mémère” et jamais “ prout-prout mémère” et encore moins “ chiquenode coucoulevé prout-prout mémère”, mais un Noël sur deux Norbert pouvait lui souffler à l’oreille : “ ribouldingue-bistrouille-mémère”… son père n’en su jamais rien) “Mémère” donc - puisque nous ne sommes pas à Noël et que de toute façon le bon Noël est l’année prochaine- “Mémère” plaçait une fesse sur la baignoire. Une fois ils l’avaient remplie d’eau et avaient mangé des sandwiches au jambon avec cornichons, pour voir si un pique-nique au bord d’un étang était aussi épatant que l’affirmait l’oncle Samuel, juif par son cousin germain. L’expérience faite Honoré rota et conclut : « tout ça c’est connerie et compagnie, encore heureux qu’on n’ait pas de douche, parce qu’en plus on aurait pris une ondée sur la gueule ».

Mais il nous faut conclure, nous sommes jeudi et la pendule vient de sonner 12 h 09, soit 1209 coups de gong façon Westminster.

Norbert Aupeladessus n’ayant pas pu suivre les études requises il devint tailleur de brosse à dents chez un éleveur de l’ouest qui organisait chaque année la pittoresque transhumance du dentifrice dans le massif des Molaires (au fond du couloir à gauche). Norbert ne fut jamais cet homme d’avenir qu’il aurait aimé être : un homme de main (ou même d’après-demain) car, ainsi que nous l’avons dit il était très pauvre et tuberculeux (tuberculeux ? On ne l’a pas dit ? Ben il l’était quand même).

1 commentaire:

  1. Alex des Cat's7 septembre 2015 à 09:36

    Un peu de poésie de bon matin, voilà qui fait du bien! Sapristi!! Merci!

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