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lundi 26 septembre 2016

Le chant du Muezzin







Je suis un né un jour comme les autres, avec des millions d'autres. Rien de plus. Le dernier de la fratrie. Quand elle a su qu'elle était en enceinte de moi, ma mère l'a dit à mon père, lequel a dit « tant pis », ou bien « c'est pas grave ». Bref, rien que de très ordinaire pour un cinquième.

L'amour bien sûr. Mais il fallait aller le chercher entre les gifles. Mais quand même il était là, incompréhensible comme est l'amour.

A quelle forge faut-il, sans cesse, se brûler ?

On allait donc ainsi cahin-caha dans le chahut.

J'ai le souvenir du muezzin au Maroc et j'aime encore ce puissant appel à la prière. Il m'est familier. Il est en moi.

Et aussi le jardin avec ses citronniers.

Sinon quoi ?

La cuisson à feu doux. J'étais trop jeune pour être barbare.


C'était dans les années cinquante, il me semble.

Un jour dans une voiture américaine, je me souviens, c'était une Ford avec un regard doux et un avion en chrome sur le capot, nous avons traversé l'Espagne de Franco ; la guardia civile à chaque carrefour était coiffée de ses bicornes huilés. Et nous passions sans entendre les sanglots des veuves d'anarchistes garrottés Nous passions comme on traverse les vies, de part en part.






Nous sommes arrivés, en France, dans une ville au ciel gris. Un jour un photographe des rues a pris ma mère devant le Monoprix. Elle avait deux sacs lourds dans les mains et un manteau de laine mouillé sur le dos. Ô la tristesse de son regard... Un jour j'ai retrouvé cette photo et je l'ai déchirée.

Il n'est pas facile d'être né, vous le savez bien.

Plus de muezzin dès lors, dans le HLM. Plus de citronnier mais des troènes sales. Et la connaissance des saints martyrs qui s’aèrent de leur palme. Des sandales dans la poussière. Un instituteur en blouse grise qui pliait le texte de sa dictée effrayante. Il s'appelait Fournier. Et une gourde de plastique emplie de sirop de menthe. Et cet ennui qui se tricotait paisiblement.

C'est drôle à dire mais ceci m'a recouvert comme le manteau mouillé de ma mère devant le Monoprix. La tristesse en moins mais l'ennui en plus.

Ma mère achetait toujours des paniers aux manouches avec cet argument : « il faut bien qu'ils vivent. » Moi je continue et aujourd'hui je suis envahi de paniers, ils sont partout, et je n'ai rien de bien utile à mettre dedans !








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