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dimanche 14 février 2016

Marcel le dur des durs était triste

Ancien des Bat'd'Af Marcel aurait pu facilement devenir l'un de ces bélîtres qui frottaient les zincs des comptoirs en quête d'une absinthe offerte. Mais Marcel avait compris à 14 ans qu'il fallait combattre le monde quand son patron l'assomma d'un coup de pioche parce qu'il avait omis de fermer l'enclos des brebis. Le soir même il prit la route après avoir mis le feu à l'étable qu'il avait préalablement vidée d'animaux. A Paris il rencontra les anarchistes, on disait alors les individualistes, ceux qui pensaient que la révolution commençait avec eux : pas de tabac, pas d'alcool, pas de viande. Une hygiène de vie stricte et une volonté d'acier. Il lut beaucoup dans la maison de Romainville, rue de Bagnolet, Proudhon, Bakounine, Grave ... A l'heure de la conscription, comme il était fiché, l'état honni l'envoya à Tataouine au 4e bataillon d'infanterie légère d'Afrique. On lui apprit à couper les oreilles des prisonniers et à se soumettre. Il fit son temps dans cette magnifique école de bêtise et apprit la dissimulation. Il sortit la rage au coeur. Il n'avait plus le goût des douceurs, il ne remit jamais les pieds  au "rayon de soleil" la villégiature de Châtellaillon où les libertaires se baignaient nus et où les couples étaient libres, sans propriété aucune, pas même celle du coeur. D'ailleurs le vieux Albert Libertad ne frappait plus les agents avec ses béquilles, il était mort. Mort d'infection à l'hôpital où un passage à tabac de flics suisses l'avait envoyé...

Marcel avait acheté trois brownings qu'il portait toujours sur lui : un à la ceinture derrière, l'autre sur le coeur, le dernier lié au-dessus de la cheville.

Sa vie comme son âme s'était alourdie.

Il cambriolait le bourgeois et cassait tout dans les cossues villas à colonnes. Comme l'écrivit plus tard Georges Darien "le voleur fait un sale métier mais au moins il le fait salement".
Parfois Rirette Maîtrejean et Viktor Lvovitch Kibaltchitch ( qui plus tard prit le nom de Victor Serge) lui offraient un matelas dans leur minuscule deux pièces encombrées de deux fillettes gaies. Il fit quelques braquages en compagnie de Marius Jacob , lequel offrait tout son butin à la cause (anarchiste).
On ne lui connut jamais de compagne. Il était seul, toujours. 
Capturé, il répondit au juge qui lui demandait son identité :
-" je suis un en-dehors".
Il monta les marches où l'attendait Anatole Diebler l'homme aux quatre cents têtes.

Il bascula, la lame glissa. Dans l'osier il cligna onze fois des yeux.
Une femme dans la foule soupira :" c'est bien dommage de ne pas pourvoir récupérer sa peau". Ce fut tout. Au moins n'était-il pas mort dans la solitude.


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