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mardi 20 octobre 2015

Partage : Huysmans en Hollande (2)

Je sais bien qu'on ne prend plus guère le temps de lire. "Il est vrai que tout le monde fait de la bicyclette et n'achète plus de livres" écrivait Huysmans qu'on ne fréquente plus guère. Justement Huysmans mérite qu'on le lise en voici la preuve avec un texte fort peu connu, simple et fluide. Le style est beau, les atmosphères délicieuses.
EN HOLLANDE (suite)



" La vie est bonne au demeurant, dans ce pays des kermesses et des buveries ! La propreté belge qui n'est qu'un mythe, resplendit en Hollande d'excentrique façon ; tous les samedis, il y a le branle-bas du nettoyage : les servantes rincent les devantures des maisons avec des seringues, les cuisines luisent comme des salons, les vaches ont, dans l'étable, la queue attachée en l'air de peur qu'elles ne se la souillent des éclats de leur bouse ; quant aux Hollandais eux-mêmes, ce sont gens obligeants et aimables, moins lourds et moins froids qu'on ne le suppose, mais presque tous sont d'une pudeur excessive qu'alarment sans relâche les romans réalistes de l'Ecole française.

Jan Steen

Les compatriotes de Jan Steen, le peintre joyeux des bons buveurs, le Villon des mauvais lieux, qu'il célèbre jusqu'au triomphe, considèrent nos hardies tentatives comme d'abominables turpitudes, et ne lisent plus guère que les romanciers pour familles : les Anglais Dickens et Thackeray et l'Allemand Freytag.
"Eux, les voici de pied en cap, grassouillets, bedonnants, rouges, du bleu dans la prunelle et du rose sur les lèvres ; elles, les voilà : grandes, blondes, blanches, un peu massives, vêtues, dans les campagnes, d'étoffes couleur de coquelicot et de violette, coiffées de casques d'argent et d'or sur lesquels, ô misère ! elles plaquent d'horribles chapeaux de paille, ornés de rubans criards ! Je n'ose parler des enfants du peuple. Vous connaissez les galopins d'Ostade, ce sont eux sans exagération ; ils semblent taillés grossièrement à coups de serpe et mal équarris.



" La Haye : je ne m'attendais guère à la rencontre que je fis, dans cette ville, dès le premier jour. Je passais, pour me rendre au musée, par le marché aux poissons, quand je me trouvais vis-à-vis d'une cigogne qui marchait, l'air réfléchi, et qui, s'arrêtant devant moi, me dévisagea gravement. Je lui cédais le passage, mais deux, dix, se promenaient ainsi dans les allées, pêle-mêle, avec les acheteuses et les marchands. J'appris alors que la cigogne, figurant un serpent au bec, dans les armes de la ville, avait droit de cité, et pouvait au besoin réclamer protection et aide contre les imprudents qui les voudraient bousculer ou cribler d'injures."

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