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lundi 7 septembre 2015

Woddy Guthrie un chic type





Il a commencé dans la vie avec deux ou trois pinceaux et quelques pots de peinture. S’il avait eu une carte de visite il aurait mis dessus : peintre en lettres. Une activité hautement artistique mais pas littéraire ni picturale, une sorte de défi en somme. Toute sa vie fut un défi. Il était bien normal donc qu’il la commença avec ce boulot extravagant de peintre en lettres.
Comment rendre beau un “I”, même avec un plein de rouge comme dit Rimbaud? Le “W” est bien plus conciliant, le “S” aussi, le “H” et le “G” ne font pas leurs mijaurées non plus, on peut leur donner un peu d’épaisseur, les vêtir de feuillage, les piqueter de rosettes, les peigner de longues et régulières rayures. En revanche le “O” avec sa mine de centre du monde, d’axe sidéral, et sa gueule de faux cul vous déséquilibre une enseigne entière : il n’a jamais la bonne taille, trop gros, trop maigre, trop orgueilleux, trop bleu même ( comme dit encore Rimbaud).
Woody n’était pas un type patient, mais il avait d‘autres qualités.  Il jeta ses pinceaux. Il prit une guitare. Un vieux noir lui apprit quelques accords, Woody en fut tout ravi et pensif. Ainsi commença une autre vie. Il devint chanteur. 
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Il avait vu les enfants d’Oklahoma aller pieds nus dans la poussière, les mères maigres et édentées à l’âge de 30 ans s’échiner à faire bouillir quelques pommes de maïs, balayer la terre battue de la cabane, torcher le 6e, gratter un bout de jardin sec comme un guignon de pain rassis, border les 5 autres dans le même lit déglingué, chanter une très vieille complainte irlandaise qui parlait de famine-de cheminée froide-de patates malades- d’un propriétaire habillé de velours épais - armé d’un fusil de chasse- et -d’une belle marquise au sourire cruelle- et d‘un foutu voyage à l‘Ouest.
Woody avait vu le père - trogne d’honnête chrétien et corps usé dans une vieille salopette de droguet - revenir de la banque sans une pièce de cinq cents, mais avec un papier tamponné. Un papier d’expulsion. 
Il avait vu le vent de poussière se lever et secouer la fenêtre et remuer sans lassitude la tôle rouillée de la toiture. 

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Sur les six cordes de sa guitare battues d’une manière incompréhensible il martela ses chansons dans les camps de réfugiés où les mamans assises les jambes allongées dans l’herbe grise tentaient d’endormir un 7e pris de fièvre.
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 Il lançait ses chansons dans les wagons de marchandise peuplés de hobos hagards, clochards ferroviaires épuisés, voyageurs barbus sans ticket ni destination, trimardeurs sales sans le sou, clandestins traqués par les contrôleurs ivres et impitoyables armés de redoutables gourdins.
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 Il lançait ses chansons dans les usines en grève au milieu des cercles en bleu de chauffe et planquait sa guitare sous un sac de charbon quand les flics chargeaient, pour aller faire le coup de poing aux côtés des ouvriers en révolte. Il lançait ses chansons pour soutenir les syndicats. Il n’avait pas un rond. Il s’en foutait. Il ne tenait pas en place. Il n’était jamais chez lui mais bien plutôt à mille kilomètres de là, et plus encore. Il a écrit plus de chansons encore que tous ces kilomètres. Bien sûr il chanta pour les deux anarchistes Sacco et Vanzetti : « Oh Sacco, Sacco. Oh Nicolas, Nicolas.Oh Sacco, Sacco, I just want to sing your name… Hey judge Webster, I dont want to sing your name. »
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Il chantait pour des maçons, des charpentiers, des fermiers, des employés de manufacture, des chauffeurs de bus, des laboureurs, des semeurs, des cureurs de fosse à purin, des couturières, des caissiers, des poseurs de rail, des défricheurs, des assécheurs de marais, des constructeurs de barrages, des moissonneurs, des forgerons, des charrons, des bouviers, des mécaniciens, des aiguilleurs, des serreurs de boulon, des dessereurs de vis, des polisseurs de cuivre, des fondeurs de cloches, des livreurs de lait, des cochers, des muletiers, des femmes qui attendait le 8e, des palefreniers, des tourneurs dans un sens et des tourneurs dans un autre, il chanta même pour des peintres en lettres. Un refrain décrivait l’unique tranche de jambon que la famille avait à se partager pour le repas : « elle était si fine cette tranche, que même un politicien aurait pu lire le journal à travers ». Il chantait et faisait rigoler les chômeurs.



A la fin, Woody était devenu une sorte de sage hirsute et sans doute un peu fou. A moins qu’il ne fut fou depuis le temps où il peignait des lettres. Sa tignasse était si sale que ses potes avaient peur qu’un oiseau mort n’en tombe le jour où il se serait ébroué.


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Je l'aime celui-là, oh oui !

Balthazar Forcalquier













1 commentaire:

  1. Il a eu la tendresse pour l'autrui...plus chretien que ceux qui frequentait l'eglise...mon pere chantait son Sacco et Vanzetti quand j'etais petite.

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