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mercredi 29 juillet 2015

La jouissance du monde 27 (II)






Les temps sont durs. Depuis que le mur est fini, je n'ai plus guère de boulot. Des fois je suis embauché pour ramasser les cadavres dans la rue. Les gens meurent de tout, de faim, de tristesse, de suicide, de maladie, de solitude. Surtout les vieux et les enfants. Les familles les déposent devant chez eux sur le trottoir comme des ordures. Mais que peuvent-ils faire d'autres ? Et puis des fois le mort s'est éteint là où il était, à deux pâtés de maison de chez lui. On charge les corps comme des bouts de bois dans une charrette à bras et on les jette ensuite dans un camion qui part je ne sais où.
Les rafles ont commencé, le Judenrat établit les listes. Les gens sont convoqués sur une place où, à coup de matraque les SS viennent les chercher. Ils partent ainsi à pied vers la gare. Et après on ne sait pas. On dit qu'ils vont à Pitchipoï, que c'est bien là-bas parce qu'on travaille. Et qui travaille : mange, tout le monde sait cela. "Même les enfants travaillent ? " " Ben oui des petits boulots pour gosses, comme balayer les ateliers...j'imagine" "Et les vieux ?" "Ben des trucs de vieux, couture, cirage de bottes..."


On leur dit d'apporter de quoi manger pendant 3 ou 4 jours. 3 jours ! Ici on est bien heureux si on trouve assez pour trois repas d'affilée. Un jour mon père a été convoqué. Il est allé consulter la liste du quartier, son nom était dessus, avec deux de mes soeurs les plus grandes ! Il vaut mieux surveiller la liste parce que sinon c'est la police du ghetto qui vient te chercher, et sans douceur. Personne n'a envie de se faire matraquer sous les yeux de ses enfants. 
( A suivre lundi)

 

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