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dimanche 12 juillet 2015

La jouissance du monde 16 (II)





Nous montions toujours sans hâte. Nous étions primaires mais à la façon des races qui entrent dans l'histoire comme l'écrit François Augérias dans le voyage des morts. Nous étions en quête de l'hiver qui était pour nous « une fête très ancienne » pour citer encore le précédent auteur. Nous atteignîmes ainsi le sommet d'une colline qui annonçait les montagnes lointaines. Bizarrement il était pelé et la roche blanche apparaissait nue, polie par les gels et les pluies. Les sabots des chevaux résonnaient là dans le silence, c'était comme si nous arpentions un os énorme, le crâne d'un géant enfoui et que les intempéries commençaient d'exhumer. Qui aurait eu envie de parler ici. Je pensais à Sophia morte dans sa plénitude, à quel âge ? Le gaz qui avait anénanti des milliards d'individus avait offert une considérable longévité aux rares survivants et spécialement aux femmes qui semblaient jeunes sans cesse. Jeunes et stériles.


Nous avons quitté ce crâne monstrueux pour entrer dans un bois de trembles. Les troncs griffés de petits losanges étaient comme des temples « où de vivants piliers laissaient sortir de confuses paroles ». Des chuchotis murmurés par les frondaisons frémissantes et bavardes.



Le lendemain le paysage changea et devint un énorme chaos rugueux.


L'air sentait le miel chaud et le suint. Le vent, le caillou et des chardons ardus.


Le pays était frustre et crépu.

(A Suivre)

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