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mardi 23 juin 2015

La Jouissance du monde 6 (II)






Le matin fut d'une beauté absolue. Je vous le confie aujourd'hui, nous avions alors le sentiment net et puissant d'une sorte de bonheur sans artifice. Au réveil l'air avait le parfum rugueux de la suie et nos cheveux avaient cette odeur suave et vulgaire de la fumée. D'un geste Amogh se découvrit, c'est à dire qu'il jeta la fourrure qui couvrait son souffle et hurla

_ Argh ! Nous somme vivants !

Je sortis de mon sommeil en souriant. La lumière entrait par la porte et tous ces trous dans la toiture ; elle tombait, comme tombent des flèches. Drue. Mais aussi cette lumière était fine et ronde. Comment dire autrement ? Une lumière du matin, toute neuve et lavée de frais. Dans laquelle palpitait toute une vie de poussière.
Une de ces lumières qui vous ouvre la journée sans arrière pensée ni tourment.

On sait alors que tout est possible. Et l'incroyable arriva.

Nous sommes restés là plusieurs semaines. Voilà ce qu'il arriva : nous entreprîmes d'abord une reconnaissance approfondie des environs.

Le gîte était creusé dans une pente qui donnait sur un surplomb. En dessous la vallée était vaste comme un ventre. Vaste et lointaine. Notre abri était masqué des regards par un taillis touffu de châtaigniers, hêtres, buis et houx. Un miracle avait guidé nos pas jusque là. Il était impossible de le trouver sans le recours d'un hasard inconcevable. Seuls la pluie et l'instinct nous avaient conduits là, nous en avions conscience désormais. Nous avons exploré les environs.

Rien.

Rien.

Rien.

Pas trace humaine, pas de branches bisées, pas d'empreintes, pas d'odeur.

Amogh, tendu, reniflait l'atmosphère.

_ Il y a des bêtes, ça oui, mais pas d' homme !

(A suivre)

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