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lundi 22 juin 2015

La jouissance du monde 5 ( II )







Enveloppés dans nos peaux d'ours, il faisait bon sur les banquettes de terre. Nous avions sorti la paille moisie et l'avions remplacée par une moisson de fougère fraîche. La couche sentait délicieusement le sous-bois et craquait doucement lorsque nous nous retournions. Ce petit bruit domestique me faisait un bien fou.
Aucune trace humaine n'ayant été repérée depuis cinq semaines, nous avions allumé un feu dans la petite cheminée façonnée en glaise. Nous avions mangé chaud une belle soupe de pissenlits et d'orties agrémentée de quelques lactaires et épaissie de châtaignes broyées. Les braises chauffaient encore.
_ Fameux ! Avais-je conclu cependant qu'Amogh cherchait en vain une tranche de viande de cerf boucanée dans ses fontes.
_ Plus de viande ! Demain je me mets en chasse dit-il avec une joie juvénile.

La perspective d'une traque suffisait à le mettre en joie.

Dehors il pleuvait et l'eau s'infiltrait dans notre gîte, les gouttes nous berçaient. Nous avions souvent dormi de façon bien plus inconfortable. Amogh qui recevait une goutte toutes les deux secondes sur le visage posa sur sa tête un grand carré de fourrure ( des peaux de rats musqués cousus avec de la peau d'anguille)
_ Cette pluie est bien venue dit Amogh, les traces de gibier seront plus visibles.
_ Je ne savais déjà pas bien lire, mais cette fois-ci je crois bien que je ne sais plus du tout, dis-je
_ Tant mieux Absalom on va pouvoir nous alléger et jeter ces trois livres * qui nous encombrent.
_ Ah non ! Cela me reviendra peut-être, la mémoire nous échappe, mais parfois elle remonte comme une bouffée d'ivresse.
_ Tiens à propos d'ivresse, tu ne devais pas reconstituer notre stock d'alcool ?
_ Pour cela il faudrait qu'on fasse une halte de quelques semaines.
_On verra ça demain, si il y a de la viande on reste.
_ Et il faudra trouver des pommes.

Ma recette : procurez vous une petite dizaine de pommes bien mûres, que vous placerez dans une petite caisse de bois ( bien aérée si possible ), vous mettrez entre chaque niveau de pomme un petit étage de paille bien sec ( ce qui évitera au fruit de pourrir )... Placez le tout dans un coin sec et sombre (
Attendez un mois puis récupérez votre caisse, et pressez ce qui reste du fruit.


* Une bible, le catalogue Manufrance et le livre trouvé dans le sac de Sophia ( voir la saison 1)  « La théorie du Grand Complot mondial » par Jean-Luc Caradeau. Un très vieux livre : achevé d'imprimer en octobre 2012. La page n°99. précise: «Le virus du jugement dernier est prêt :  la formule n'est pas de nous, elle vient du New-York Times qui consacrait son éditorial, le 7 janvier, à cette petite merveille de technologie génétique...   cette petite merveille de technologie génétique : un super virus de la grippe. Une version du H5N1 ( le virus de la grippe aviaire) génériquement modifié et sélectionné pour être transmissible par voie aérienne. Il en résulte une grippe qui entraîne une issue fatale pour presque 60 % des personnes infectées. Le taux de mortalité serait donc de trois à six fois supérieur à celui de la grippe espagnole. Entre 1918 et 1920 elle a exterminé de 50 à 100 millions de personnes.H5N1 en fera évidemment beaucoup plus : les liaisons aériennes, qu'il s'agisse de fret ou de passagers, et le tissu urbain sont bien plus denses et bien plus étendus qu'à l'époque. Ce chef d'oeuvre qu'est le super virus de Ron Fouchier et de son équipe du Erasmus Medical Center de Rotterdam (Pays-Bas) pourrait bien atteindre et même dépasser l'objectif de 60% de la population mondiale en quelques mois ! " A cela s'ajoute une note manuscrite : «  ça y est le virus s'est échappé des laboratoires, il se répand comme une traînée de poudre, il fait des ravages considérables. Chacun cherche à se protéger du souffle des autres, les gens ne s'embrassent plus, les couples se défont. Quelques individus, et notablement des femmes semblent mystérieusement immunisées mais stériles. Des groupes commencent à piller les grands centres, d'autres se réfugient dans des régions désertiques...Les survivants que j'ai croisés commencent à perdre la mémoire, j'en ai vu manger sans honte de la chair humaine. D'autres restent plus humains mais s'ensauvagent soudainement...Ils ont tout perdu de leur culture et ne connaissent que des gestes immémoriaux, comme poser des pièges, coudre des peaux, ou fabriquer des arcs."




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